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Archiprêtré de Phalsbourg  Communauté St Jean Baptiste des Portes d'Alsace

Accepter l’homosexualité de son enfant reste difficile

22 Janvier 2014 , Rédigé par cathophalsbourg.over-blog.com Publié dans #Réflexions

Accepter l’homosexualité de son enfant reste difficile

Journal LA CROIX du 22 janvier 2014

entretien Martine Bracq Conseillère conjugale et familiale au Cler Amour et famille

« Les parents expriment souvent de la souffrance»

Au cours de vos consultations, vous recevez parfois des parents qui viennent d’apprendre l’homosexualité de leur fils ou de leur fille. comment réagissent-ils ?

Martine Bracq: S’ils viennent, c’est parce que c’est difficile pour eux d’accepter cette homosexualité, et même de la concevoir. Accepter d’en parler est déjà un premier pas qui consiste à inscrire cette révélation dans la réalité, et à lui donner des contours plus nets. Pour les parents, l’annonce de l’homosexualité de leur enfant est un tsunami. D’autant que, dans les cas qui me viennent à l’esprit, les « enfants » avaient déjà une trentaine d’années, s’étaient mariés, avaient parfois eu des enfants… Ils avaient déjà effectué un parcours de vie. Ils avaient fini par accepter leur homosexualité et à la révéler à leurs proches. Or ce qui est difficile à accepter pour l’enfant l’est aussi pour les parents. Cette révélation est souvent accueillie par ces derniers avec une très grande colère, un sentiment de trahison et de culpabilité. Il y a une blessure narcissique et les questions : « Qu’ai-je fait pour être un si « “mauvais” parent ? Qu’ai-je raté ? », bien que totalement inadaptées, reviennent souvent.

Les parents que je rencontre expriment souvent de la souffrance, mais l’intensité de la douleur n’est pas toujours la même pour les deux membres du couple. Il n’y a pas de règles. Mais je constate que certains pères, lorsqu’il s’agit de l’homosexualité d’un fils, se sentent aussi atteints dans leur masculinité, dans leur virilité, comme s’ils n’avaient pas un « vrai » garçon.

Y a-t-il des risques de rupture du lien ?

M.B. : Mon travail consiste à parvenir à entretenir le lien et le dialogue. Mais ce n’est pas gagné d’avance. Pour les parents à qui cette annonce est faite, il peut y avoir, à un certain moment, une tentation de rejet. Le parcours est chaotique. Là aussi, un des parents est en général moins « rejetant » que l’autre. Dans mon expérience, j’ai pu constater que la fratrie est souvent plus ouverte et tolérante et peut avoir des paroles apaisantes. Souvent, les frères et sœurs sont là pour rappeler aux parents que cette homosexualité ne change rien à la personne, à ses qualités humaines. Ils signifient « c’est toujours lui ». Si la fratrie se montre ouverte, le parent qui campe sur des positions plus rigides est un peu isolé. Il peut se raidir, mais en général, il ne « tient » pas longtemps. Il y a souvent un long travail d’acceptation à mener qui est douloureux et assez décapant. Les parents doivent tous faire le deuil de « l’enfant idéal » et pour certains, le pas à franchir est très grand. Ces enfants les emmènent sur un terrain « hors norme », dans le sens d’étrangeté, qu’ils n’avaient pas prévu.

Les croyants ont-ils plus de mal à accepter l’homosexualité de leur enfant ?

M.B.: Je ne pense pas que la religion rende plus intolérant. Avoir du mal à accepter l’homosexualité de son enfant est un sentiment très humain qui n’est pas en lien avec la notion de croyance. Je ne pense pas non plus que la crainte du qu’en-dira-t-on soit dominante. En revanche, il me semble que le principal changement depuis quelques années, c’est l’éventualité pour les personnes homosexuelles d’avoir des enfants. Cette question bouleverse plus particulièrement les chrétiens et complique aussi la donne. Il existe une certaine ambivalence chez les parents. Paradoxalement, dans un premier temps, cette possibilité d’avoir des petits enfants peut apporter un soulagement aux parents qui craignent de ne pas avoir de descendance, au risque d’induire une demande à des enfants qui n’en sont pas là. Dans un deuxième temps, ils se retrouvent confrontés aux complications que de telles possibilités soulèvent et qui ne sont pas forcément en accord avec leurs propres valeurs.

Voyez-vous une évolution depuis une vingtaine d’années ?

M.B. : Au début de ma pratique, je recevais surtout des personnes qui découvraient leur homosexualité une fois mariées. Je ne rencontrais pas leurs parents. C’est plus récemment que je rencontre ces derniers et j’y vois un signe plutôt positif. Je fais l’hypothèse qu’auparavant, ils décidaient d’ignorer l’homosexualité de leur enfant ou avaient plus de réactions de rejet. Ils avaient le souci de ne pas en parler autour d’eux, même dans le lieu intime qu’est un cabinet de consultation. Aujourd’hui, la douleur est toujours là, mais au moins elle s’exprime, c’est un progrès.

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