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Archiprêtré de Phalsbourg  Communauté St Jean Baptiste des Portes d'Alsace

Euthanasie... affaire Lambert: la justice se penche sur la fin de vie

16 Janvier 2014 , Rédigé par cathophalsbourg.over-blog.com Publié dans #Réflexions

Euthanasie... affaire Lambert: la justice se penche sur la fin de vie

Journal LA CROIX du 15 janvier 2014

Affaire Lambert, la justice se penche sur la fin de vie

Le tribunal se prononce, jeudi 16 janvier, sur la bonne application de la loi Leonetti dans l’affaire Vincent Lambert, du nom de ce patient tétraplégique de 38 ans, en état de conscience minimale depuis cinq ans.

Sa famille s’est à nouveau déchirée, mercredi 15 janvier, devant le tribunal administratif, sur l’arrêt des traitements décidé par l’équipe médicale.

Une nouvelle procédure judiciaire d’urgence et trois heures de débats violents n’y feront rien. Mercredi 15 janvier, devant le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne réuni en formation plénière, la famille de Vincent Lambert s’est de nouveau déchirée sur le sort de celui-ci dans les larmes, la haine et l’incompréhension.

« Ce n’est pas par idéologie que les parents de Vincent défendent sa vie, mais par amour », a plaidé l’avocat des parents. C’est la deuxième fois qu’ils saisissent la justice pour s’opposer à l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation de leur fils, tétraplégique et dans un état de conscience minimale depuis cinq ans. La première fois, ils avaient obtenu, après trente et un jours sans traitement, que leur fils soit de nouveau alimenté et hydraté, le tribunal ayant estimé que les parents n’avaient pas été suffisamment informés de la décision des médecins. Deux conseils de famille se sont tenus depuis. En vain.

La souffrance de l’épouse de Vincent Lambert

« Merci d’entendre la souffrance de ma cliente, a plaidé en écho l’avocat de la femme de Vincent Lambert. Elle a tout sacrifié pour son mari depuis cinq ans et, sur l’avis des médecins, elle avait admis qu’il doive partir. De quel combat êtes-vous ici l’arbitre ? », a-t-il insisté devant sa cliente en larmes. « Nous ne sommes pas là pour juger des personnes ou des convictions éthiques, a pour sa part tenu à rappeler le président avant le délibéré. Nous sommes là pour juger de l’application de la loi Leonetti. Notre débat sera circonscrit aux seules questions de droit. Quelle partie de la loi Leonetti s’applique et comment ? »

Pourtant, c’est autant la loi elle-même que l’état de Vincent Lambert qui ont été débattus. En état pauci-relationnel ou de « conscience minimale plus », il est capable de percevoir les stimuli extérieurs, mais pas de communiquer de façon fiable avec l’extérieur. Doit-on, au nom de cette conscience minimale, des doutes sur ce qu’il comprend réellement, maintenir Vincent Lambert en vie, même si son état est irréversible ? Ou peut-on au contraire estimer, comme l’a fait l’équipe médicale du docteur Kariger, que prolonger le traitement sans espoir de progrès, sans connaître ses éventuelles douleurs, est de l’ordre de l’acharnement thérapeutique ?

Des débats violents

Seule référence en droit, le texte de loi fixe que « lorsqu’une personne, en phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable, est hors d’état d’exprimer sa volonté, le médecin peut décider de limiter ou d’arrêter un traitement inutile, disproportionné ou n’ayant d’autre objet que la seule prolongation artificielle de la vie de cette personne, après avoir respecté la procédure collégiale ». Si les termes sont posés, leur interprétation, elle, peut varier. « C’est la première fois qu’un tribunal doit trouver un sens opérationnel à la loi Leonetti », a ainsi observé le président, en concluant des débats vifs.

Premier à s’exprimer, le rapporteur public a estimé que toutes les conditions de la loi Leonetti n’étaient pas réunies dans le cas de Vincent Lambert. Ses réactions aux stimuli et la nature du traitement (alimentation artificielle et hydratation), relativement léger, justifient son maintien. « Certes, il est dans un état irréversible, mais sa conscience existe et il ne nous appartient pas de juger du sens de sa vie » dans de telles conditions, a estimé le rapporteur avant de demander que les traitements continuent d’être prodigués.

Le poids de la responsabilité des médecins

« Vincent Lambert n’est pas malade, il est handicapé », a pour sa part insisté Me Triomphe, avocat des parents. Vincent Lambert, n’étant pas mourant, n’est pas concerné par la loi Leonetti, argumente-t-il. Dans son rapport d’évaluation de la loi, en 2008, Jean Leonetti avait pourtant jugé que les personnes en état pauci-végétatifs relevaient bien de la loi. Contestant enfin l’impartialité du docteur Kariger, qui a exprimé son point de vue personnel dans la presse à de nombreuses reprises, il a déploré que l’avis des parents n’ait pas été réellement pris en compte par les médecins.

« Ils sont tenus de considérer l’avis des parents, pas de le suivre », a fait valoir dans la foulée un avocat de la partie adverse. Appelé en fin d’audience à prendre la parole, le docteur Kariger lui-même a insisté sur le poids de sa responsabilité, qu’il tient à assumer en l’absence de directives écrites du patient. « Notre seule préoccupation a été de nous demander où était l’intérêt de Vincent Lambert. Or, six des sept médecins consultés ont considéré que le fait de poursuivre les traitements relevait de l’acharnement. Nous sommes des défenseurs de vie, mais l’obstination thérapeutique est une atteinte à la dignité », a-t-il expliqué. Le tribunal doit rendre sa décision jeudi 16 janvier.

La CROIX du 16-12-13

Fin de vie : « l’ouverture d’un droit à la mort » pour Jean Leonetti

Dans un entretien à la-croix.com, Jean Leonetti fait part de son inquiétude face à « l’avis citoyen » sur la fin de vie rendu public lundi 16 décembre.

Cet avis consultatif propose de légaliser l’aide active à mourir, tout en se déclarant favorable à l’euthanasie pour les cas n’entrant pas dans le cadre du suicide assisté, comme ceux de patients inaptes à donner leur consentement.

Cet avis « ouvre un droit à la mort en rupture totale avec la solidarité que notre société a le devoir d’assumer vis-à-vis des plus faibles », estime le député UMP des Alpes-Maritimes, auteur de la loi de 2005 sur la fin de vie.

Que pensez-vous de l’avis de la « Conférence des citoyens » sur la fin de vie ?

Jean Leonetti : Tout d’abord, j’estime que, dans le principe, c’était une bonne chose de donner la parole à un panel de citoyens. Mais encore aurait-il fallu qu’on se donne les moyens nécessaires pour organiser une vraie consultation, sur une période plus longue et avec un nombre plus important de citoyens qui auraient pu, dans différents endroits en France, réfléchir à des thématiques différentes.

Dans cet avis, il y a quelques points positifs, notamment le souci de replacer la problématique de la fin de vie dans un contexte plus global. C’est une démarche louable, même si cela ne se voit pas dans les principales conclusions. Ce qui est positif, c’est aussi le fait que le jury écarte la légalisation de l’euthanasie pour ne retenir que cette “exception d’euthanasie” pour des personnes dont on suppose qu’elles seraient en fin de vie, et qui ne seraient pas en état d’apporter leur consentement. Mais il s’agit de situations pour lesquelles nous avons déjà un dispositif encadré, qui prévoit notamment la possibilité d’un arrêt des traitements de survie et la mise en place d’une sédation terminale.

– Que pensez-vous de la proposition d’ouverture au suicide médicalement assisté ?

– J.L. : C’est évidemment le point le plus marquant de cet avis. La faille est de ne pas définir avec précision à qui s’adresse ce suicide assisté. Avec cette proposition, on se retrouve dans une situation où aucune limite claire n’est tracée. Ce jury souhaite-il que le suicide assisté ne concerne que les personnes en phase terminale, comme c’est le cas dans l’Oregon ? Faut-il y voir un droit qui serait ouvert aux personnes handicapées ou, plus largement, à toutes les personnes qui jugent que leurs souffrances physiques ou psychiques nécessitent une aide au suicide ? Ce serait alors l’ouverture d’un droit à la mort en rupture totale avec la solidarité que notre société a le devoir d’assurer vis-à-vis des plus faibles. Car aujourd’hui, le suicide est un droit-liberté, pas un droit-créance.

– Cet avis a-t-il des chances, selon vous, d’être retenu tel quel par le législateur ?

– J.L. : Ce serait tout à fait déraisonnable. Pour moi, cet avis citoyen est davantage une piste de réflexion qu’une véritable proposition. S’engager dans cette voie serait la porte ouverte à des dérives telles qu’on a pu en connaître en Suisse ou dans les autres pays ayant ouvert la possibilité d’assistance au suicide. Car encore une fois, où fixerait-on les limites ? Ce droit de mourir, réclamé à la société, pourra-t-il, demain, être brandi par toute personne qui se retrouve en fauteuil roulant ou qui vient à perdre la vue ? Il faut aujourd’hui que le débat se poursuive dans la sérénité et qu’on prenne garde à ne pas entrer dans un processus qui aboutirait à une remise en cause de droits fondamentaux de notre société.

RECUEILLI PAR PIERRE BIENVAULT

La Croix du 23 décembre 2013

Extraits d'un article de Patrick Vespieren S.J.

Le suicide à la portée de tous les malades incurables ?

Le texte de l’Avis commence par une série de remarques très générales, mais pertinentes. Certaines portent sur une question déclarée centrale, celle de l’information relative à la fin de vie. Le rôle des médias a été évoqué ci-dessus, mais c’est la société tout entière qui est décrite comme fuyant la réalité de la mort, la majorité des français arrivant d’ailleurs à l’âge de 50 ans sans l’avoir côtoyée directement. Les lois et réglementations qui régissent en France la fin de vie sont mal connues, et « le faible développement des soins palliatifs entretient une méconnaissance du grand public, peu au fait de ce qu’ils recouvrent ».

L’Avis s’ouvre aussi à un questionnement d’ordre social, relatif aux contraintes économiques, à la solidarité entre les générations, au regard social sur le vieillissement, à la dévalorisation du grand âge.

En cohérence avec tout cela, l’Avis recommande de développer les soins palliatifs, de les faire mieux connaître, d’en faciliter l’accès à tous ceux qui en ont besoin, d’assurer la formation en ce domaine de l’ensemble des professions de santé, et aussi d’informer du droit de chacun de rédiger à l’avance des « directives anticipées » précisant par écrit « ses volontés concernant l’aspect médical de sa propre fin de vie ». L’Avis reprend aussi à son compte et précise à propos de la sédation une disposition déjà présente dans la loi Leonetti. « En phase terminale, l’objectif de soulagement de la douleur et de la souffrance du patient doit primer sur le risque de décès pouvant survenir à l’issue d’une sédation profonde ».

Tout cela, exprimé succinctement, demanderait des précisions, mais constitue un ensemble cohérent. Suivent deux pages portant sur le suicide assisté et l’euthanasie. Le ton change alors, et les remarques précédentes semblent oubliées.

L’assistance médicale au suicide est présentée, sans aucune justification, comme un « droit légitime du patient en fin de vie ou souffrant d’une pathologie irréversible », «d’une maladie incurable ou irréversible », à la seule condition que la personne le demande et que son état de conscience soit « formellement constaté » par des médecins. Comment ne pas voir l’ampleur du champ ainsi ouvert ? Les médecins seront-ils tenus à procurer une potion mortelle à toute personne atteinte de diabète et passant par un moment de découragement, à toute personne atteinte de maladie de Parkinson et tentée de baisser les bras en raison de difficultés personnelles peut-être passagères, et cela indépendamment du stade d’évolution de la maladie ? Est-ce la forme de solidarité que prônera notre société, et non pas l’écoute du patient et la recherche patiente de ce qui pourrait l’aider à vivre ?

Être atteint d’une pathologie « incurable ou irréversible » est souvent le fait de personnes âgées. Nombre d’entre elles doutent du sens de leur vie, en raison notamment du regard social porté sur elles, comme il est dit dans les premières pages de l’Avis. Que signifierait la proposition de les aider à se suicider ? Notre société développe des programmes de prévention du suicide, et vient de créer un Observatoire national qui se veut « un outil indispensable pour mieux connaître, mieux prévenir et conduire plus efficacement notre combat contre le suicide ». Y aurait-il des personnes que nous jugerions devoir aider à dépasser un épisode de détresse, et d’autres, âgées et malades, que nous assisterions dans leur volonté de mourir ? Notre société s’engagera-t-elle dans une telle discrimination entre la valeur de la vie des uns et des autres ?

Des suicides pratiqués par des tiers…

Le texte de l’Avis emploie indifféremment les termes « aide au suicide », et « suicide médicalement assisté ». Il y aurait « suicide médicalement assisté dès lors que la volonté de mourir a été exprimée par la personne ». Peu importerait que le geste mortel soit pratiqué par la personne ou par un médecin ! C’est ne prêter attention qu’à la volonté (ou du moins à la demande) du sujet, non pas aux acteurs et aux actes pratiqués – fussent-ils meurtriers – et faire de l’acte de provoquer la mort d’autrui un geste qui n’engage guère la responsabilité de celui qui l’accomplit. C’est aussi, sous couvert d’acceptation du suicide, légitimer tout acte d’euthanasie pratiqué par un médecin à la demande d’un patient incurable, tout en s’abstenant de le dire clairement. Au plan du vocabulaire, cela conduirait à ne plus dire qu’un patient a été euthanasié, mais qu’il a été « suicidé par son médecin »…

12 des 18 membres de la conférence proposent cependant de retenir le terme d’euthanasie, pour désigner « le cas d’une mort médicalement assistée sans qu’il ait été possible d’obtenir le consentement direct de la personne », ce qui n’est actuellement légal dans aucun pays au monde. L’Avis propose cependant d’accepter en France une telle pratique, dans des cas particuliers « laissés à l’appréciation collégiale d’une commission locale ad hoc ». Il est précisé auparavant que « nul ne peut disposer sans son consentement de la vie d’autrui ». Mais même à ce principe des plus élémentaires, l’Avis recommande de faire « exception », « lorsqu’il n’existe aucune autre solution ». Il est clair que le soin de certains malades affronte parfois l’entourage d’un malade à de grandes difficultés. Cela autorise-t-il notre société à chercher une « solution » dans la mise à mort de ces malades ?

Catéchisme de l’Eglise Catholique

L'euthanasie

2276 Ceux dont la vie est diminuée où affaiblie réclament un respect spécial. Les personnes malades ou handicapées doivent être soutenues pour mener une vie aussi normale que possible.

2277 Quels qu'en soient les motifs et les moyens, l'euthanasie directe consiste à mettre fin à la vie de personnes handicapées, malades ou mourantes. Elle est moralement irrecevable.

Ainsi une action ou une omission qui, de soi ou dans l'intention, donne la mort afin de supprimer la douleur, constitue un meurtre gravement contraire à la dignité de la personne humaine et au respect du Dieu vivant, son Créateur. L'erreur de jugement dans laquelle on peut être tombé de bonne foi, ne change pas la nature de cet acte meurtrier, toujours à proscrire et à exclure.

2278 La cessation de procédures médicales onéreuses, périlleuses, extraordinaires ou disproportionnées avec les résultats attendus peut être légitime. C'est le refus de "l'acharnement thérapeutique". On ne veut pas ainsi donner la mort; on accepte de ne pas pouvoir l'empêcher. Les décisions doivent être prises par le patient s'il en a la compétence et la capacité, ou sinon par les ayant droit légaux, en respectant toujours la volonté raisonnable et les intérêts légitimes du patient.

2279 Même si la mort est considérée comme imminente, les soins ordinairement dus à une personne malade ne peuvent être légitimement interrompus. L'usage des analgésiques pour alléger les souffrances du moribond, même au risque d'abréger ses jours, peut être moralement conforme à la dignité humaine si la mort n'est pas voulue, ni comme fin ni comme moyen, mais seulement prévue et tolérée comme inévitable. Les soins palliatifs constituent une forme privilégiée de la charité désintéressée. A ce titre ils doivent être encouragés.

Le suicide

2280 Chacun est responsable de sa vie devant Dieu qui la lui a donnée. C'est Lui qui en reste le souverain Maître. Nous sommes tenus de la recevoir avec reconnaissance et de la préserver pour son honneur et le salut de nos âmes. Nous sommes les intendants et non les propriétaires de la vie que Dieu nous a confiée. Nous n'en disposons pas.

2281 Le suicide contredit l'inclination naturelle de l'être humain à conserver et à perpétuer sa vie. Il est gravement contraire au juste amour de soi. Il offense également l'amour du prochain, parce qu'il brise injustement les liens de solidarité avec les sociétés familiale, nationale et humaine à l'égard desquelles nous demeurons obligés. Le suicide est contraire à l'amour du Dieu vivant.

2282 S'il est commis dans l'intention de servir d'exemple, notamment pour les jeunes, le suicide prend encore la gravité d'un scandale. La coopération volontaire au suicide est contraire à la loi morale.
Des troubles psychiques graves, l'angoisse ou la crainte grave de l'épreuve, de la souffrance ou de la torture peuvent diminuer la responsabilité du suicidaire.

2283 On ne doit pas désespérer du salut éternel des personnes qui se sont donné la mort. Dieu peut leur ménager par les voies que lui seul connaît, l'occasion d'une salutaire repentance. L'Eglise prie pour les personnes qui ont attenté à leur vie.

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