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Archiprêtré de Phalsbourg  Communauté St Jean Baptiste des Portes d'Alsace

François Hollande espère engager un dialogue constructif avec le pape François; les catholiques et François Hollande, une relation contrariée

23 Janvier 2014 , Rédigé par cathophalsbourg.over-blog.com Publié dans #actualités

François Hollande espère engager un dialogue constructif avec le pape François; les catholiques et François Hollande, une relation contrariée

La Croix du 23 janvier 2014

François Hollande espère engager un dialogue constructif avec le pape François

Sensible aux paroles et à la personnalité du nouveau pape, François Hollande souhaite mettre en valeur les convergences sur les questions de paix et de justice lors de son voyage au Vatican vendredi 24 janvier.

Son entourage espère aussi que cette rencontre permettra d’améliorer les relations entre la majorité et le monde catholique.

Dix mois après l’élection du pape François, la visite que lui rend jeudi 23 janvier le président de la République est marquée par un désir de dialogue. Les conseillers de l’Élysée insistent sur les « sujets de convergence » qui devraient nourrir leur tête-à-tête : la recherche de la paix en Syrie et en Centrafrique, le sort des chrétiens d’Orient, la lutte contre le réchauffement climatique et, plus largement, les enjeux de la mondialisation…

Le déplacement du pape à Lampedusa en juillet ou ses paroles fortes sur la répartition des richesses ont provoqué une attente chez le président socialiste qui, selon ses proches, est aussi touché par la personnalité de François. Catholique et proche du chef de l’État, l’avocat Jean-Pierre Mignard assure avoir déjà « parlé trois ou quatre fois du pape avec le président. François Hollande manifeste à son égard une vraie empathie. Il a le désir sincère de rencontrer non seulement le responsable de l’Église, mais la personne. »

François Hollande vient d’envoyer des signes aux catholiques

Toujours selon l’Élysée, de très nombreux socialistes en responsabilité ont fait acte de candidature pour être du voyage. Comme il y a trente-deux ans, lors de la visite de François Mitterrand à Jean-Paul II, c’est toutefois le choix de la sobriété qui a été fait. Si Laurent Fabius, empêché par le calendrier international, n’est pas dans la délégation, le ministre de l’intérieur Manuel Valls et celui chargé de l’agroalimentaire, Guillaume Garot, accompagneront le chef de l’État. Le P.

Officiellement, l’enjeu du voyage est centré sur les sujets internationaux. Mais, au regard de l’extraordinaire popularité du nouveau pape, la portée politique de la visite ne fait guère de doute. Pressé par certains proches, le chef de l’État vient d’envoyer des signes en direction de la communauté chrétienne : lors de sa récente conférence de presse, il a condamné les irruptions agressives des Femen dans des églises et s’est engagé à consulter les cultes sur le dossier de la fin de vie.

Mais pour Jean-Pierre Mignard, cette visite à Rome vaut aussi message pour un radicalisme catholique qui rendrait tout dialogue impossible. « Avec le pape, le président abordera sûrement des sujets de désaccord. Mais en venant à Rome, il veut prouver qu’il est possible de discuter sans s’affronter. »

un voyage au Vatican sera-t-il suffisant ?

Conseiller à l’Élysée et fidèle ami du chef de l’État, Bernard Poignant veut croire lui aussi que les plus mobilisés contre la réforme du mariage ne représentent pas toute l’opinion catholique. « C’est comme au Parti socialiste, il y a des sensibilités différentes dans l’Église. La rencontre avec le pape devrait permettre de tourner une page. »

Jean-Philippe Mallé, député des Yvelines et l’un des très rares catholiques de gauche élus à l’Assemblée, ne partage pas cette lecture optimiste. S’il reconnaît à François Hollande une approche pragmatique des cultes, le député socialiste juge son parti inconscient du fossé qui le coupe désormais du monde catholique.

« L’idéologie libertaire domine le parti, qui ne perçoit plus qu’un humanisme chrétien imprègne encore la société française. La politique s’est mise au service d’une revendication de toujours plus d’autonomie individuelle. » Pour lui, une visite à Rome ne suffira pas à réconcilier les catholiques avec la gauche.

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La composition de la délégation présidentielle

François Hollande se rend au Vatican avec Manuel Valls, ministre de l’intérieur, chargé des cultes, Guillaume Garot, ministre délégué à l’agroalimentaire, et Nicolas Hulot, envoyé spécial du président pour la protection de la planète.

Sa délégation comprend aussi le député Xavier Breton (UMP), le sénateur Charles Revet (UMP), président du groupe d’amitié France-Saint-Siège, le maire socialiste de Quimper Bernard Poignant, l’avocat Jean-Pierre Mignard (actionnaire de Témoignage chrétien), l’avocat François Sureau, engagé dans l’aide aux demandeurs d’asile, François Soulage, président du Secours catholique, le P. Georges Vandenbeusch et Dominique Quinio, directrice de La Croix.

Le programme

Après son accueil au Vatican à 10 h 30, François Hollande sera reçu, seul, en audience privée par le pape François. Le président français lui présentera ensuite sa délégation, avant un échange de cadeaux. Un entretien en comité restreint suivra, avec Mgr Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège.

À midi, le président Hollande se rendra au centre Saint-Louis, dans le centre de Rome, pour une communication à la presse sur ses entretiens au Vatican. Le chef de l’État est attendu, enfin, à la Villa Bonaparte, ambassade de France près le Saint-Siège, où il recevra à déjeuner Mgr Parolin avec les membres français de la Curie.

La Croix du 23 janvier 2014

Les catholiques et François Hollande, une relation contrariée

Le président de la République se rend vendredi 24 janvier au Vatican pour y rencontrer le pape François. Cette visite, que François Hollande veut essentiellement diplomatique, intervient dans un contexte politique délicat.

Des catholiques regrettent de ne pas être entendus sur les grands sujets engageant l’avenir du pays.

Depuis son élection, François Hollande s’est rendu à plusieurs reprises à Rome, mais jamais encore il n’avait fait le détour par le Vatican. L’annonce de la rencontre de vendredi 24 janvier entre le président de la République et le pape François a donc créé la surprise, du côté des défenseurs de la laïcité – que le président de la République a d’emblée rassurés en affirmant qu’il ne fallait y voir que la « visite d’un chef d’État à un chef d’État » – comme chez les catholiques.

De fait, ce déplacement intervient dans un contexte pour le moins troublé, concernant les relations de ces derniers avec le sommet de l’État. Les manifestations qui ont réuni, à plusieurs reprises, plusieurs centaines de milliers d’entre eux, l’an dernier, autour de l’opposition à la loi sur le « mariage pour tous » auraient pu laisser espérer une pause dans les réformes « sociétales » ; or, le président de la République a confirmé sa volonté d’entériner, d’ici à la fin de l’année, « l’assistance médicalisée pour terminer sa vie en dignité ».

Dans la foulée, les députés ont adopté, mardi, un amendement au projet de loi sur l’égalité hommes-femmes supprimant la notion de « détresse » dans la loi Veil sur l’interruption volontaire de grossesse, amendement contre lequel de nombreuses voix catholiques se sont élevées. Chez les fidèles, et au-delà de leur grande diversité, l’heure est à l’inquiétude, voire au découragement.

« Il ne nous connaît pas, ne nous comprend pas »

Pour l’essayiste Thierry Boutet, les chrétiens sont « les victimes collatérales de la politique du gouvernement : les socialistes cherchent à compenser leurs difficultés économiques et sociales en adoptant des lois sociétales qui rassurent leur électorat ». Mais d’autres s’inquiètent de ce qu’ils considèrent comme une incompréhension radicale entre la gauche et les religions – et l’Église catholique en particulier, en raison de son statut de religion majoritaire. « Il ne nous connaît pas, ne nous comprend pas », résume le P. Pierre-Hervé Grosjean, secrétaire général de la commission Éthique et politique du diocèse de Versailles.

Les dernières déclarations de Manuel Valls, mercredi, lors d’une rencontre sur la laïcité organisée par le groupe socialiste de l’Assemblée nationale, pourraient accréditer ce sombre diagnostic. Le ministre de l’intérieur a comparé la « menace » venue « des intégristes de l’ultra-droite catholique, rejoints par une partie de la droite », lors des débats sur l’avortement ou le mariage entre personnes de même sexe, à celle de « la montée des identités et des communautarismes en banlieue ». « Il faut mener un combat parce qu’il y a danger », a-t-il lancé à ses collègues socialistes.

S’y ajoute, chez une frange des catholiques, le sentiment récent – à la faveur, par exemple, des intrusions répétées et parfois violentes d’individus dans des églises – d’une inégalité de traitement entre les religions, juifs et musulmans concentrant à leurs yeux l’attention des pouvoirs publics. L’analyse n’est pas partagée par la Conférence des évêques de France, qui ne cesse d’insister au contraire sur « la qualité et la régularité » de ses rencontres avec les pouvoirs publics.

« L’instance de dialogue annuelle entre l’Église catholique et Matignon est un privilège que d’autres lui envient », rappelle également le ministère de l’intérieur. Lors d’un débat avec Manuel Valls, organisé le 4 octobre par La Croix, le cardinal André Vingt‑Trois, archevêque de Paris, avait d’ailleurs souligné avec humour que de nombreuses entrevues se déroulaient à l’abri des caméras et des micros…

« François Hollande ne l’a peut-être pas encore compris, mais les catholiques ne prêchent pas pour leur paroisse ! »

La rencontre entre les deux François peut-elle bouleverser la donne ? Un petit groupe de trentenaires parisiens, issu des rangs de « La manif pour tous » et auteurs d’une « supplique au pape François », veut y croire : « Nous souhaitons qu’à l’occasion de la visite de François Hollande au pape François le 24 janvier prochain, celui-ci puisse officiellement lui faire état du profond malaise et de l’inquiétude grandissante de nombreux catholiques de France face à la promotion par son gouvernement d’atteintes majeures aux droits fondamentaux de la personne humaine », écrivent-ils dans leur texte, qui, depuis sa mise en ligne le 14 janvier, a recueilli pas moins de 110 000 paraphes et a été remis mardi à la nonciature à Paris.

« Au fond, je pense que les catholiques se partagent en trois groupes : ceux qui espèrent que le pape va “remonter les bretelles” au président de la République, ceux – beaucoup plus nombreux – qui pensent que cela ne changera absolument rien et ceux – dont je fais partie – qui présument que ce dialogue en tête à tête peut avoir une influence », résume un bon connaisseur des milieux ecclésiaux.

Pour les plus optimistes, la rencontre pourrait contribuer à renforcer les échanges avec le gouvernement sur les grands débats de société. « Ce n’est pas au nom de leur foi meurtrie que les catholiques demandent à être entendus, mais de ce qu’ils contribuent à faire pour la cohésion de la société, au nom de valeurs qui les dépassent », rappelle Jérôme Vignon, président des ­Semaines sociales, qui cite leur engagement au service des migrants, de la lutte contre la pauvreté, de l’emploi ou de l’éducation. « François Hollande ne l’a peut-être pas encore compris, mais les catholiques ne prêchent pas pour leur paroisse ! J’aimerais que le pape lui dise : “Ne les regardez pas comme des ennemis mais comme une composante de la communauté nationale.” »

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