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Archiprêtré de Phalsbourg  Communauté St Jean Baptiste des Portes d'Alsace

Le gouvernement et les fêtes religieuses: une différence de traitement?

7 Janvier 2014 , Rédigé par cathophalsbourg.over-blog.com Publié dans #actualités

Le gouvernement et les fêtes religieuses: une différence de traitement?

Journal LA CROIX du 7 janvier 2014

À la faveur de la plus grande visibilité accordée aux fêtes juives et musulmanes, certains s’étonnent de l’absence de vœux des plus hautes autorités de l’État pour Noël. Une différence qui peut s’expliquer, en partie, par l’absence de sollicitation des Églises chrétiennes elles-mêmes.

Quels messages pour l’Aïd ou Kippour ?

La communauté juive et la communauté musulmane, notamment, ont pris l’habitude d’inviter les autorités publiques à s’associer à leurs célébrations religieuses les plus importantes, sous la forme d’une visite de leurs lieux de culte ou du partage d’un repas. Invitation systématiquement ponctuée d’un discours de vœux prononcé par le représentant de l’État. C’est généralement le premier ministre Jean-Marc Ayrault, et parfois le ministre de l’intérieur – en charge des cultes – Manuel Valls, qui se chargent de ces déplacements. Ainsi, le 15 octobre 2013, tous deux, accompagné du maire de Paris Bertrand Delanoë, se sont-ils rendus à la grande mosquée de Paris pour la fête de l’Aïd-el-Fitr qui clôt le mois de ramadan, permettant au premier ministre de saluer « une grande religion de France ». Quelques semaines plus tôt, au cours de la journée de Kippour, Jean-Marc Ayrault avait redit à la synagogue parisienne de la Victoire « la détermination absolue de son gouvernement à tout mettre en œuvre pour lutter contre l’antisémitisme ».

D’autres vœux, plus informels, sont parfois envoyés. Comme ce communiqué publié par François Hollande, le 19 août 2012 à l’occasion de l’Aïd, dans lequel le président de la République adressait « tous (s)es vœux de bonheur, de santé et de réussite aux musulmans de France », soulignant au passage le caractère « indéfectible » de la laïcité.

Quels messages pour Noël ?

Aucune communication officielle n’est prévue pour Noël de la part du gouvernement ou de l’Élysée : le traditionnel discours du 31 décembre du président de la République, tous comme les vœux aux « autorités religieuses » début janvier, sont, par nature, généraux et liés à la nouvelle année plus qu’à Noël. Depuis peu, en particulier sur les réseaux sociaux, certains chrétiens s’émeuvent donc de ce qu’ils considèrent comme une « inégalité de traitement ». Cette année encore, quelques-uns ont guetté l’envoi d’un message à leur intention le 25 décembre 2013, s’inquiétant de ne pas le voir arriver… Au point qu’un court message a finalement été posté à 16 h 09 sur le compte Twitter de l’Élysée, souhaitant « à toutes et à tous » de « joyeuses fêtes de Noël », avec une « pensée particulière pour ceux [qui sont] confrontés à la solitude ou à la maladie ». Autre motif de critique ou de regret, des élus, comme Jean-Marc Ayrault sur son blog le 23 décembre 2011 alors qu’il était maire de Nantes, publient des messages souhaitant « à toutes et à tous (…) de bonnes fêtes et une très belle année 2012, l’année du changement »… sans mentionner Noël.

Sous Nicolas Sarkozy, la coutume n’était pas davantage établie : un « joyeux Noël à tous » a été publié sur le compte Facebook de l’ancien président en 2010, remplacé l’année suivante par un sobre « joyeux Noël » sur le compte de l’Élysée. Seule demeure, à l’Élysée comme dans la plupart des grandes institutions de l’État, la tradition – largement sécularisée – de « l’arbre de Noël », avec cadeaux et spectacles à l’intention des enfants du personnel.

Quelles réactions ?

La Conférence des évêques de France (CEF) voit dans cette agitation un « faux problème » et met en avant ses « rapports constants avec l’État », ainsi que « le dialogue franc et cordial » établi entre les évêques et les plus hautes autorités. Par-dessus tout, la CEF souhaite éviter l’idée d’une « comparaison » entre les religions, susceptible de tourner à la compétition… « Les politiques se sentent beaucoup plus contraints et surveillés dans leurs relations avec le christianisme, religion majoritaire en France. Ils se contrôlent trop, d’ailleurs », reconnaît tout de même un observateur. « À l’inverse, le problème est plus simple avec l’islam et le judaïsme : ils appliquent une sorte de logique égalitaire, inspirée des droits de l’homme. »

2014 marquera-t-elle un changement ? Avec le souci d’une « égalité de traitement » entre religions, une invitation a été lancée au lendemain de l’Aïd par Mgr Jean-Michel di Falco, évêque de Gap, à Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls à venir se joindre aux célébrations du mercredi des Cendres ou du dimanche de Pâques. « Je ne peux que me réjouir de cette visite à la grande mosquée de Paris et des propos qui y ont été tenus et je suppose que vous avez prévu d’exprimer avec la même force votre détermination à lutter contre la discrimination dont les chrétiens font l’objet », déclarait-il dans sa chronique hebdomadaire sur le site du Point, déclenchant une avalanche de commentaires.

Depuis, le cabinet du président de la République a pris contact avec le secrétariat général de la CEF pour vérifier la « représentativité » de cette demande. Quant à Manuel Valls, il a, « dans une lettre très aimable », pris bonne note de l’invitation de l’évêque de Gap et lui a suggéré de reprendre contact avec son cabinet à l’approche « d’une fête importante » pour les chrétiens. Ce que celui-ci compte bien faire d’ici à Pâques. L’initiative pourrait satisfaire aussi la communauté protestante. Si celle-ci, de l’aveu de la Fédération protestante de France, cette « émotion » s’y exprime moins, elle est également « plus tournée vers des attentes autour de Pâques que de Noël ».

Anne-Bénédicte HOFFNER

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