Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Archiprêtré de Phalsbourg  Communauté St Jean Baptiste des Portes d'Alsace

Comment le rapport de l'ONU sur le Vatican est devenu si sévère

7 Février 2014 , Rédigé par cathophalsbourg.over-blog.com Publié dans #actualités

Comment le rapport de l'ONU sur le Vatican est devenu si sévère

La Croix du 6 février 2014

La partialité du rapport du Comité des droits de l’enfant sur le Saint-Siège interroge sur sa façon de travailler. L’Église dénonce la pression d’ONG.

Qu’est-ce que le Comité des droits de l’enfant ?

Le Comité des droits de l’enfant est l’un des neuf organes des Nations unies créés par les traités internationaux sur les droits de l’homme. Il s’agit de comités d’experts chargés de superviser l’application de ces traités – dans le cas présent, la Convention relative aux droits de l’enfant, texte adopté par l’ONU en 1989 et ratifié par presque la totalité des pays du monde. Siégeant à Genève, le Comité réunit 18 experts indépendants du monde entier, pour la plupart juristes (ancien juge d’un tribunal pour enfants par exemple), mais aussi psychologues et universitaires. Les mandats étant renouvelables, certains y siègent depuis longtemps.

Comment travaille le Comité ?

Les membres se répartissent le suivi de tous les États ayant ratifié la Convention des droits de l’enfant. Ceux-ci doivent présenter, normalement tous les cinq ans, un rapport sur leur mise en œuvre de la Convention. Vu le nombre de rapports à traiter, leur examen ne se déroule qu’environ deux années après leur réception. Le Comité se réunit alors pour adresser un questionnaire à l’État à partir de son rapport. Il invite en amont des organisations non gouvernementales (ONG), intéressées par le pays traité, à préparer le questionnaire. La réponse faite à celui-ci est suivie d’une audition de l’État par le Comité, qui lui fait part ensuite de ses préoccupations et recommandations, sous forme d’« observations finales », non contraignantes. C’est ce document qui a été rendu public hier, sur seize pages en anglais, à propos du Saint-Siège.

Pourquoi le Vatican est-il impliqué ?

Le Saint-Siège a adhéré à la Convention des droits de l’enfant dès 1990. « Lorsque le Saint-Siège ratifie une convention internationale, il manifeste par là son autorité morale et encourage ainsi les États à ratifier le traité (…). En effet, le Saint-Siège diffuse dans la communauté internationale des enseignements sur les principes moraux fondés sur une juste raison qui s’adressent à l’ensemble de l’humanité et pas seulement aux croyants catholiques », justifie la diplomatie vaticane dans ses rapports à l’ONU.

Comme tout autre signataire, le Saint-Siège est donc soumis à l’examen périodique du Comité des droits de l’enfant. Il s’agissait, dans le cas présent, du deuxième exercice de ce type, le premier s’étant déroulé avant qu’éclate le scandale de pédophilie dans l’Église. Rome a adressé son rapport en 2011, où il décrit notamment ce que le Saint-Siège et les conférences épiscopales mènent pour lutter contre les sévices sexuels dus au clergé. Il a reçu en retour, en juillet dernier, un questionnaire musclé au sujet de ces crimes, en particulier en Irlande. Sa réponse a été suivie d’une audition publique d’une journée, à Genève, le 16 janvier dernier.

Outre son observateur permanent auprès des Nations unies dans la ville suisse, Mgr Silvano Tomasi, le Vatican y avait dépêché Mgr Charles Scicluna, réputé en particulier pour avoir enquêté sur les crimes sexuels du fondateur des Légionnaires du Christ. Mais d’autres sujets ont été abordés, comme l’enseignement catholique ou les soins de santé. De fait, la Convention des droits de l’enfant comportant une quarantaine d’articles couvrant tous les aspects de l’enfance, l’examen de sa mise en œuvre doit les passer chacun en revue. D’où l’irruption de thèmes comme la contraception, le traitement du sida ou l’accueil d’enfants de couples du même sexe.

Le Comité de l’ONU fait-il l’objet de pressions ?

« Le Comité d’habitude cherche à instaurer un dialogue pendant une audition publique mais, alors que je suis depuis vingt ans ces travaux, ce fut, contre le Vatican, un déchaînement de questions, avec un certain parti pris », témoigne à La Croix la secrétaire générale du Bureau international catholique de l’enfance, à Genève, Alessandra Aula, pas du tout étonnée par la teneur des conclusions du Comité. « C’était joué d’avance », regrette-t-elle, décrivant d’abord l’énorme pression médiatique pendant l’audition du Vatican alors que les séances sont d’ordinaire désertées pour les autres pays. De quoi inciter les membres du Comité à se montrer plus incisifs que d’ordinaire. Pour faire face aux médias américains notamment, Rome avait aussi envoyé Greg Burke, ancien journaliste qui travaille à la stratégie de communication du Saint-Siège.

Comme au Parlement européen, les pressions s’exercent en amont à travers plusieurs grandes ONG de protection des droits de l’homme. Présentes à l’audition, certaines ont été associées à l’élaboration du questionnaire transmis au Vatican. « On a aucun problème avec les membres du Comité, le problème, ce sont les lobbys », s’offusque une source vaticane. Chacun dénonce, à mots couverts, la pression sur les associations humanitaires des lobbys LGBT ou insistant la « santé reproductive » (incluant l’avortement). Et la différence de ton – beaucoup moins incisif – des observations sur les droits de l’enfant, formulées aussi avant-hier par le Comité, envers la Russie, le Congo et le Yémen.

-------------------------------------------------------------------

Des ONG aux objectifs contrastés

Le Child Rights International Network (Crin) est financé en particulier par la Norvège et la Suède. Ce réseau associatif créé en 1995 milite pour « faire des droits de l’enfant une priorité au niveau international ». Il fait actuellement campagne contre le Saint-Siège pour « mettre fin aux violences sexuelles ». Survivors Network of those Abused by Priests (Snap) est un réseau de victimes d’abus sexuels du clergé, créé en 1988 aux États-Unis. Le Bureau international catholique de l’enfance (Bice) est une association créée en 1948, reconnue par le Saint-Siège, qui participe activement au Comité des droits de l’enfant, avec des antennes à Genève, Paris et Bruxelles.

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :