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Archiprêtré de Phalsbourg  Communauté St Jean Baptiste des Portes d'Alsace

Droits de l'enfant: l'ONU tance le Vatican

6 Février 2014 , Rédigé par cathophalsbourg.over-blog.com Publié dans #actualités

Droits de l'enfant: l'ONU tance le Vatican

Journal LA CROIX du 5 février 2014

Dans des conclusions à charge, rendues publiques mercredi 5 février, le Comité des droits de l’enfant des Nations unies somme le Saint-Siège de « retirer immédiatement » tout membre du clergé soupçonné de pédophilie.

Le Comité demande aussi à Rome de réviser plusieurs de ses positions, comme son refus de l’avortement.

Le Vatican regrette une approche jugée « idéologique », portant atteinte à la « liberté religieuse ».

Condamnation à Genève, surprise à Rome. Au terme de son évaluation du Saint-Siège, menée ces derniers mois, le Comité des droits de l’enfant des Nations unies somme l’Église de revoir de fond en comble ses pratiques, normes et enseignements envers les enfants. Le Vatican, lui, se déclare sous le choc d’une approche jugée tout entière partiale et idéologique. Les « observations conclusives » du comité onusien, rendues publiques mercredi 5 février à Genève, forment une critique générale contre l’approche des questions familiales par l’Église.

Ils constituent une charge contre le traitement des cas de pédophilie dans la même Église par le Saint-Siège, considéré à cet égard compétent par les 18 experts indépendants des droits de l’homme de divers pays composant le Comité de l’ONU. Ceux-ci estiment que « le Saint-Siège n’a pas reconnu l’étendue des crimes commis, n’a pas pris les mesures nécessaires pour traiter les cas d’abus sexuels sur enfants ». Ils dénoncent en particulier « le transfert de paroisse en paroisse ou vers d’autres pays de pédophiles bien connus afin de tenter de couvrir de tels crimes » et l’établissement envers tout le clergé d’une « loi du silence » sous la « menace d’excommunication ». « Des douzaines de pédophiles sont toujours en contact avec des enfants », s’inquiète le Comité, qui formule neuf recommandations pour écarter tout risque d’abus sexuels sur mineurs, en particulier en retirant « immédiatement » tout membre du clergé soupçonné de tels crimes afin de les déférer devant la justice.

« Une tentative d’interférer avec l’enseignement de l’Église catholique sur la dignité de la personne humaine »

Dans l’immédiat, le Saint-Siège viole la Convention des droits de l’enfant à laquelle il a adhéré depuis 1990, a déclaré hier la juriste norvégienne Kristen Sandberg, présidente du Comité établi pour faire respecter cette convention. Le rapport d’hier s’inscrit dans le cadre de l’examen périodique sur la mise en œuvre de cette convention, auquel sont soumis les États qui l’ont ratifiée.

Cet examen laisse toutefois un goût de partialité à Rome. Si le rapport de l’ONU indique attendre beaucoup de la future commission internationale d’experts pour la protection de l’enfance, lancée en décembre dernier par le pape François, il passe, de fait, sous silence les efforts entrepris depuis Benoît XVI pour lutter contre la pédophilie. « C’est comme si nous n’avions pas été écoutés », s’irrite une source vaticane, en référence au long échange entre une délégation vaticane et le Comité des droits de l’enfant, qui s’est tenu à Genève le 16 janvier dernier, en public.

Dans un communiqué, paru hier, le Vatican s’est contenté officiellement de « prendre acte » du rapport, regrettant toutefois « de voir, dans certains points des conclusions, une tentative d’interférer avec l’enseignement de l’Église catholique sur la dignité de la personne humaine et l’exercice de la liberté religieuse ».

Le Saint-Siège « contribue à la stigmatisation sociale et à la violence envers les adolescents lesbien, gay, bisexuel et transgenre »

Le Comité des droits de l’enfant somme en effet le Saint-Siège « de réviser sa position sur l’avortement, qui met à l’évidence en danger la vie et la santé des jeunes filles enceintes ». Il lui demande aussi de « lever tout obstacle et tabou entourant la sexualité adolescente qui prive l’accès à l’information sur la reproduction et la sexualité, y compris le planning familial et les contraceptifs ». Les « stéréotypes » véhiculés sur garçons et filles dans les manuels scolaires de ces établissements sont aussi visés ainsi que leur manque de « reconnaissance de l’existence de diverses formes de familles ».

Autre accusation du rapport, le Saint-Siège « contribue à la stigmatisation sociale et à la violence envers les adolescents lesbien, gay, bisexuel et transgenre » du fait de déclarations passées. Tout en relevant cependant l’ « affirmation progressiste » du pape François contre l’homophobie, en référence à ses propos devant la presse fin juillet dernier.

Pour prévenir la violence sur les enfants, l’ONU demande enfin au Saint-Siège « d’user de son autorité » pour « assurer qu’une interprétation des Écritures ne fermant pas les yeux sur les punitions corporelles soit reflétée dans l’enseignement de l’Église (...) et intégrée dans toute formation théologique ».

La pression d’« ONG en faveur de l’homosexualité et du mariage gay (...) ont renforcé une ligne idéologique »

C’est seulement au détour d’un paragraphe que le Comité « apprécie les activités nombreuses entreprises sur le terrain et fondées par les Églises catholiques (...) pour soutenir et protéger les enfants dans les situations les plus vulnérables ».

Rare note positive dans un document d’« aspect négatif », comme l’a résumé, hier, sur Radio Vatican, Mgr Silvano Maria Tomasi, observateur permanent du Saint-Siège à Genève, s’en prenant non pas au comité onusien lui-même mais à la pression d’« ONG en faveur de l’homosexualité et du mariage gay (..) qui ont renforcé une ligne idéologique ». Selon lui, des passages entiers du rapport ont été rédigés avant l’audience du 16 janvier à laquelle il a participé et qui lui avait semblé « un dialogue constructif ». « Le Saint-Siège répondra », assure Mgr Silvano Tomasi, soulignant son intention « d’observer (la Convention des droits de l’enfant) dans son esprit et à la lettre ».

Ingérence de l’ONU dans l’enseignement de l’Église

Journal La Croix du 5 février 2014

Convoqué le 16 janvier par le Comité des droits de l’enfant des Nations unies, comme tout signataire de la Convention de l'ONU pour les droits de l’enfant, le Saint-Siège a pris connaissance mercredi 5 février des recommandations qui lui sont adressées. Après son audition, l’observateur du Vatican à l'ONU, Mgr Silvano Tomasi, pouvait penser avoir réussi à convaincre ses interlocuteurs en révélant l’ampleur des actions entreprises par l’Église catholique pour lutter contre la pédophilie, notamment par les papes Benoît XVI et François. La lecture des conclusions montre qu’il n’en est rien, le Vatican étant suspecté de couvrir encore des prêtres coupables d’abus sexuels sur mineurs et de permettre à certains d’entre eux de rester au contact d’enfants.

À Rome, l’incompréhension est de mise. « On dirait quasiment que le rapport était préparé à l’avance, avant la rencontre avec la délégation du Saint-Siège », a déclaré Mgr Tomasi dans un entretien à Radio Vatican. Le Saint-Siège paie-t-il le prix d’une trop grande discrétion sur ses initiatives, qui a pu être interprétée comme une politique d’« omertà » ? On pourrait le penser. Il est vrai qu’en novembre 2013, ses représentants avaient refusé de répondre à l'ONU sur les procédures canoniques en cours contre près de 4 000 religieux. Il suffirait alors au Vatican de poursuivre son travail d’explication sur les mesures déjà prises pour lutter contre les auteurs d’actes pédophiles.

Mais le rapport onusien n’en reste pas là. Il somme l’Église de revoir sa position sur l’avortement, la contraception, ou encore de ne plus contribuer « à la stigmatisation sociale et à la violence envers les adolescents lesbien, gay, bisexuel et transgenre ». Bref de renoncer à sa compréhension de la personne, de la sexualité humaine, de la famille. C’est à juste titre que le Saint-Siège a réagi en dénonçant « une tentative d’ingérence dans l’enseignement de l’Église sur la dignité de la personne et l’exercice de la liberté religieuse ». Une ingérence au profit d’intérêts idéologiques qui n’ont plus rien à voir avec les droits de l’enfant.

Dominique Greiner

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