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Archiprêtré de Phalsbourg  Communauté St Jean Baptiste des Portes d'Alsace

P.Scholtus: "un entraînement au combat de la vie spirituelle"

5 Mars 2014 , Rédigé par cathophalsbourg.over-blog.com Publié dans #Réflexions

P.Scholtus: "un entraînement au combat de la vie spirituelle"

La Croix du 4 mars 2014

En donnant pour thème « Éloges de l’épreuve » aux conférences de Carême du diocèse de Metz, le P. Robert Scholtus veut rappeler aux chrétiens que le Carême est une épreuve, au sens sportif du terme, pour affermir leur foi.

Les conférences de Carême à la cathédrale de Metz, dont vous êtes l’organisateur, portent un titre provocant : « Éloges de l’épreuve » (1). Pourquoi l’avez-vous choisi ?

P. Robert Scholtus : Il n’est pas question, sous ce titre paradoxal, de faire l’apologie du malheur en recyclant le masochisme ou le dolorisme dont on a longtemps accusé l’Église. Mais de prendre acte du fait que personne n’échappe aux épreuves. Le terme a été choisi à dessein, parce qu’il porte en lui un appel à faire face, à ne pas céder le dernier mot au malheur. Il laisse passer la lumière d’une issue possible en appelant à la persévérance, à l’endurance.

En définitive, il s’agit bien d’un discours sur l’espérance. Une invitation à affronter la dimension tragique de l’existence humaine, alors que nous passons beaucoup de temps à essayer de l’occulter. Nous vivons dans une société du divertissement obsédée par le bonheur, comme s’il était une obligation. Or, il y a là quelque chose d’illusoire.

Notre société est-elle prête à entendre cet éloge paradoxal ?

P. R. S. : Je veux le croire. Personne ne veut s’enliser dans le malheur, tout le monde est à la recherche de ce qui lui permettra de retrouver des voies de liberté intérieure et d’espérance. Ces conférences n’ont pas la prétention de tenir lieu de conseils, mais de faire apparaître la beauté, la dignité de l’homme capable de surmonter le malheur.

Est-ce là le sens profond du Carême ?

P. R. S. : Au risque de provoquer encore, je dirais que le Carême est une épreuve, au sens sportif du terme. Un exercice d’assouplissement, de musculation, une période d’entraînement – pour reprendre l’expression de saint Paul – au combat de la vie spirituelle, aux épreuves que nous ne manquons pas d’affronter.

C’est aussi un chemin d’initiation que les chrétiens reprennent, d’année en année, pour affermir leur foi. Dans un entraînement, si douloureux soit-il, ce qui compte, c’est la finalité. Dans la vie spirituelle, s’il est difficile de parler de succès, on pourrait dire que nous participons, par notre engagement spirituel, à la réussite du plan de Dieu sur l’humanité.

Comment faut-il entendre l’appel du pape, dans son message de Carême, à un réel dépouillement, à une aumône qui coûte ?

P. R. S. : Il est clair que le pape ne nous appelle pas à nous faire du mal. Ses propos m’ont fait penser à un livre de Dietrich Bonhoeffer, Le Prix de la grâce, dans lequel il dit que l’ennemi mortel de l’Église, c’est la grâce à bon marché. Or, la grâce qui coûte est celle qui engage, non pas à des gestes formels ou à des discours abstraits, mais au don de soi, à la suite du Christ.

Le pape nous invite à nous investir tout entier dans l’aumône : il ne s’agit pas de simplement donner de son superflu pour s’acquitter d’un devoir annuel, mais de se donner. En prenant au sérieux ce que la Tradition appelait les « œuvres de miséricorde » : la prière, le jeûne et l’aumône. À travers une vie plus frugale, plus ouverte aux autres, elles nous permettent de prendre la mesure de nos dépendances (réseaux sociaux, consumérisme…) pour nous recentrer sur notre intériorité. Ce qui peut aussi revêtir une force critique par rapport à notre société.

(1) Chaque dimanche, à 15 heures (entrée libre), à la cathédrale de Metz, elles sont toutes assurées par des femmes : Éloge du tragique, par Nathalie Sarthou-Lajus, le 9 mars ; Éloge de la solitude, par Véronique Margron, le 16 ; Éloge de la rupture, par Sylvie Germain, le 23 ; Éloge des larmes, par Anne Lécu, le 30 ; Éloge du manque, par Elena Lasida, le 6 avril.

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