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Archiprêtré de Phalsbourg  Communauté St Jean Baptiste des Portes d'Alsace

Catholiques et homosexuels, ils sentent à une "drôle de place"

25 Janvier 2013 , Rédigé par cathophalsbourg.over-blog.com Publié dans #actualités

Journal La Croix du 25 janvier 2013

 

La mobilisation de l’Église contre le projet de « mariage pour tous » a mis mal à l’aise ou blessé des catholiques concernés par l’homosexualité. Ces débats ont aussi contribué à libérer la parole dans les paroisses

 

 « Je sais bien que tous ceux qui ont manifesté contre le projet de “mariage pour tous” ne sont pas des homophobes forcenés, mais devant les images du 13 janvier, je ne pouvais m’empêcher de penser qu’ils manifestaient contre ce que je suis et contre mon désir de voir mon amour reconnu. » Étienne (1) vit depuis deux ans en couple avec son compagnon. 

Ce catholique de 28 ans, qui travaille dans la communication, a vécu très douloureusement les débats et manifestations publiques de ces derniers mois organisés par des chrétiens opposés au projet de loi sur l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe. « Tous les dérapages font mal. Il y a certains propos et amalgames avec l’inceste et la pédophilie que j’aurais aimé ne pas entendre… » 

Pour autant, Étienne ne se reconnaît pas dans les militants du mouvement gay et lesbien. Le sentiment de rejet qu’il éprouve se double d’une autre souffrance : « Cela me crève le cœur de voir mon Église dénigrée, qualifiée de rétrograde par la société, alors qu’elle est par ailleurs tellement active aux côtés des personnes dans le besoin… » 


Irrémédiablement l’un et indéfectiblement l’autre

Son tiraillement traverse de nombreux catholiques homosexuels qui ont du mal à ne pas se sentir rejetés. « Catholique et homosexuel. Irrémédiablement l’un et indéfectiblement l’autre, sans y pouvoir, pour l’un comme pour l’autre, grand-chose. Je ne me définis ni par l’un ni par l’autre, qui sont à mettre sur des plans totalement distincts, et pourtant en affichant l’un et l’autre ces temps-ci, je me trouve à une drôle de place », a lancé comme un cri du cœur Jérôme Musseau, enseignant de 39 ans, dans une lettre ouverte au cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la Conférence des évêques de France (2), le 11 janvier. « Voir les catholiques qui s’expriment se ranger avec une unanimité de petits soldats sous la bannière de la défense de la famille et de l’humanité (…), cela me désole et me ravage l’âme. » 


Lassé d’entendre l’apologie de la famille traditionnelle 

Depuis la prise de position de l’Église catholique, cet été, à la faveur de la prière du 15 août, les associations d’homosexuels catholiques ont recueilli l’amertume de nombre d’entre eux. « Ils n’en peuvent plus d’entendre tous les dimanches une apologie de la famille dite traditionnelle sur un ton suffisant », constate Jean-Michel Dunand, 49 ans, qui vit depuis vingt et un ans avec son compagnon à Montpellier et qui a fondé la Communion Béthanie, pour permettre à des personnes « homosensibles et transgenres » de prier en lien avec des monastères.

Beaucoup, à vif, confient s’être sentis heurtés par la distribution de tracts dans les églises et ils évitent certaines paroisses. « Je finis par avoir peur d’aller à la messe », témoigne Julien, 32 ans, catholique pratiquant installé en région parisienne avec son compagnon depuis treize ans.

S’il reconnaît pleinement le droit des chrétiens de s’exprimer sur le sujet, il vit mal ce qu’il nomme « l’acharnement » de l’Église à ce propos. « J’aimerais qu’à chaque fois que l’on exprime une intention de prière pour le droit des enfants à avoir un père et une mère, on prie aussi pour nos frères et sœurs homosexuels qui sont aimés de Dieu et qui sont appelés à la sainteté. » 


« Il y a bien d’autres situations urgentes »

Comme Julien ou Étienne, la plupart s’étonnent aussi que l’Église, qui n’appelle que très exceptionnellement à descendre dans la rue, le fasse sur ce sujet. « Il y a bien d’autres situations urgentes où l’être humain est atteint dans sa dignité, tels la pauvreté, le chômage ou la violence faite aux femmes, et qui mériteraient que l’Église se mobilise autant », se désole Marie-Christine, en couple avec sa compagne depuis vingt-deux ans, et par le passé « très engagée » dans l’Église.

Cette incompréhension mêlée de tristesse est souvent partagée par les familles. Christiane, Vosgienne de 80 ans, mariée depuis 60 ans, longtemps membre des Équipes Notre-Dame, a versé bien des larmes lorsque l’une de ses petites-filles lui a confié son homosexualité. Mais aujourd’hui, elle dit « ne plus voir les choses de la même manière » et elle aimerait trouver dans sa paroisse « plus d’accueil, de compréhension, d’ouverture ». « Notre curé n’a pas manqué d’épingler le projet gouvernemental dans toutes ses homélies. Mais jamais un mot pour dire qu’il prend en compte notre souffrance… » 


Peur d’être diabolisés

Agriculteurs retraités en Loire-Atlantique, Annick et René, dont la dernière des quatre enfants vit avec une femme, se sentent eux aussi « blessés » par une Église « qui ne veut pas reconnaître de valeur à ce que vivent les personnes homosexuelles en couple ». Ils redoutent que cette mobilisation massive ne finisse par « diaboliser les familles homoparentales ».

Pour autant, tous ne partagent pas les mêmes motifs de colère. Certains ne se reconnaissent pas dans le projet gouvernemental et s’emportent, comme Jean-Paul, banquier de 40 ans, contre les « lobbys gays qui récupèrent la voix des homosexuels et veulent nous enfermer dans notre identité sexuelle »

 « Je suis allé manifester le 17 novembre et le 13 janvier avec un ami en me promettant que si je rencontrais la moindre agressivité, je tournerais les talons. Mais objectivement, nous n’avons vu nulle trace d’homophobie… Je trouve au contraire que cela a permis de recentrer le débat sur les vrais enjeux, l’enfant, en laissant la sexualité dans la sphère privée. Je marchais avant tout comme citoyen. » 


Le débat actuel est également une chance

L’ami qui l’a accompagné au Champ-de-Mars y voit même une ouverture : « Les catholiques sont la plupart du temps mal à l’aise par rapport à l’homosexualité. Or j’ai senti que la manifestation, en insistant sur les droits de l’enfant et la lutte contre l’homophobie, sans stigmatiser l’homosexualité en tant que telle, leur permettait de se positionner », témoigne Alexandre, 37 ans, cadre dans les ressources humaines.

En ce sens, le débat actuel est paradoxalement aussi « une chance », convient Jérôme Musseau, après avoir reçu de nombreux témoignages de sympathie à la suite de la publication de sa lettre à Mgr Vingt-Trois. « Même s’ils ne veulent sincèrement pas être homophobes eux-mêmes, beaucoup de catholiques ont compris qu’il leur faut revisiter leur conscience car ils ne sont pas au clair avec l’homosexualité », remarque cet homme pacsé depuis cinq ans avec son compagnon, par ailleurs engagé à la Conférence catholique des baptisé(e)s francophones (CCBF).


La mobilisation a libéré la parole

La récente mobilisation semble avoir permis de libérer quelque peu la parole sur cette question dans l’Église. Des catholiques ont osé s’intéresser à ce sujet encore tabou, honteux, interdit. « Tout cela va dans le bon sens ! » ose même Christine. Divorcée et mère de trois enfants, en couple avec sa compagne depuis dix ans, cette catholique de 54 ans, engagée depuis toujours dans l’Église, s’est vu proposer au printemps dernier une place dans l’équipe de pastorale familiale du diocèse de Créteil : « Depuis, j’ai souvent été invitée à expliquer ce que vivent les homosexuels. » Comme fin octobre, lorsqu’elle a donné son témoignage devant 150 responsables de pastorale familiale.

 « Certes, il faut encore lutter contre l’homophobie à tous les niveaux », relève pour sa part Emmanuel, 51 ans, historien de l’art qui a donné son témoignage sur le site Homovox et qui a participé à la mobilisation du 13 janvier. « Mais qu’une manifestation comme celle-là ait accepté des homosexuels comme moi sur le podium est signe que l’Église commence à assouplir son discours », poursuit-il.

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