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Archiprêtré de Phalsbourg  Communauté St Jean Baptiste des Portes d'Alsace

Comment les socialistes voient la famille

23 Mars 2013 , Rédigé par cathophalsbourg.over-blog.com Publié dans #actualités

Journal La Croix du 22 mars 2013 par Marine Lamoureux


‣ Depuis plusieurs années déjà, le Parti socialiste a tenu à s’approprier le thème de la famille. ‣ Teintée d’un fort libéralisme culturel, sa vision diverge de celle de l’UMP, sans être toujours consensuelle. ‣ Il préfère suivre les évolutions de société que de défendre un principe normatif durable.


Chahutés, ambivalents, assumés, mais pas toujours… Difficile d’appréhender les rapports du Parti socialiste à la « valeur famille ». À cet égard, le débat sur le « mariage pour tous » à l’Assemblée nationale fut révélateur. Quand une ministre, Dominique Bertinotti, notait devant l’hémicycle que la famille était la « cellule de base de toute société » et « la première des priorités » d’une majorité de Français, sa collègue de la Place Vendôme, Christiane Taubira, déclarait, quelques jours plus tard, vouloir « arracher les enfants au déterminisme de la religion et de la famille ».


Ce qui est sûr, c’est que ce thème est investi par la gauche. Chargée de ce portefeuille de 2000 à 2002, Ségolène Royal a joué un rôle important dans cette évolution. « À l’époque, elle n’était pas un poids lourd du PS et portait des convictions assez atypiques sur ce sujet, note un haut fonctionnaire spécialiste de ces questions. Mais elle a réussi à imprimer sa marque et, d’une certaine manière, à réconcilier la famille et la gauche. » Depuis quelques années déjà, une prise de conscience avait eu lieu : celle qu’une réponse purement étatique et institutionnelle dans la protection de l’enfance, la jeunesse à la dérive ou encore la lutte contre la précarité ne saurait suffire. L’idée s’était imposée alors qu’il fallait associer la famille, la considérer comme un « lieu ressource », de solidarité, comme « constitutive de l’individu », pour reprendre l’expression de l’intellectuel de gauche Jean-Baptiste de Foucauld. Une fois nommée, Ségolène Royal renforce ainsi les Reaap, les réseaux d’aide à la parentalité, avec la conviction qu’il faut soutenir les familles tout en leur laissant leur pleine place.


Ce n’est pas la seule marque laissée par l’ancienne ministre. Ségolène Royal est aussi à l’origine de la loi du 4 mars 2002 relative à l’autorité parentale, qui marquera le droit français. La famille change, les séparations se multiplient : le gouvernement Jospin entend accompagner l’évolution des mœurs en réaffirmant la pérennité du « couple parental » dans l’intérêt de l’enfant. C’est aussi l’époque du pacte civil de solidarité (pacs) qui offre une reconnaissance officielle aux couples de même sexe et sera voté en 1999.


Ce désir d’être au plus près des modes de vie des Français imprègne aujourd’hui l’approche socialiste concernant la famille. Peut-être plus que jamais. Dominique Bertinotti se veut ainsi la ministre de « toutes les familles », sans vouloir privilégier un modèle sur l’autre, jusqu’à la légalisation en cours du « mariage pour tous ». Dès la campagne présidentielle, dans sa réponse à l’Union nationale des associations familiales (Unaf ), François Hollande l’avait dit : « Je suis favorable à faire évoluer le droit de la famille pour que les règles qui régissent cette institution soient en phase avec la manière dont les familles vivent. » Une déclaration claire et ambiguë à la fois… Car s’il y a une « institution », n’y a-t-il pas une norme, une référence qui l’emporte ?


Pour le député Hervé Mariton (UMP, Drôme), c’est l’un des principaux clivages droite-gauche dans ce domaine. « À gauche, la famille est fondée sur la volonté et les circonstances à un instant T, estime l’élu, alors qu’à droite, il y a une norme sociale : un père, une mère et des enfants. Nous ne nions pas que des Français ne vivent pas selon ce modèle, évidemment, mais la norme reste un horizon, un repère. » Il prend pour exemple les familles monoparentales. « À droite, on soutient ces familles mais on ne banalise pas ce mode de vie, autrement dit, on présume toujours qu’il y a un père, on ne considère pas que c’est un “modèle familial” comme un autre. »


Le « self-service normatif » lui semble risqué, en particulier à l’épreuve du temps qui passe et recompose parfois les affinités, en tout cas à l’opposé de la « famille durable » dont il s’est fait le chantre.


« Fonder les liens sur la seule volonté, c’est gérable quand tout va bien. Dans le cas contraire, cela devient très compliqué. » À l’opposé de cette conception, Dominique Bertinotti ne cesse de rappeler son souci de « sécuriser » les liens et de protéger l’enfant, notamment à travers la reconnaissance des familles homoparentales.


Reste que le « libéralisme culturel » poussé à l’extrême, jusqu’à ouvrir, comme le souhaite le chef de file des députés PS Bruno Le Roux, l’aide à la procréation en dehors de toute indication médicale, crée des lignes de fracture au sein de la gauche. Le mois dernier, dans une tribune au Monde, la philosophe Sylviane Agacinski a ainsi mis en garde contre le « bricolage législatif sur les modalités de filiation », appelant à « une réflexion globale sur le rôle de la médecine procréative et sur les conditions éthiques de ses pratiques, quels que soient les couples auxquels sont destinées ces pratiques. Un projet de loi sur la famille ne peut certainement pas remplacer une telle remise à plat », a-t-elle prévenu alors qu’un texte se profile d’ici à la fin de l’année.


Pour Philippe de Roux, à la tête du mouvement des Poissons roses, proche du PS, « il y a actuellement une crise de la réflexion anthropologique à gauche » qui explique selon lui la fascination de nombreux socialistes pour une « approche libertaire » des questions de société, à commencer par la famille. « La pensée de la liberté est très puissante mais de quelle liberté parle-t-on ? », interroge le militant. Selon lui, « la liberté doit être vécue dans le lien aux autres, avec le souci constant du plus faible », aux antipodes d’une vision « ultralibérale » qui, au final, fragilise la société.


Dans cette perspective, la famille est un maillon essentiel. Mais quand Vincent Peillon, le ministre de l’éducation nationale, déclare qu’il faut « être capable d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel », on semble loin de l’aide à la parentalité version Ségolène Royal… « N’oublions pas que pour la gauche, la famille est le lieu de reproduction des inégalités sociales », rappelle un expert. D’où le souhait, par exemple, de favoriser la scolarisation à 2 ans mais aussi d’augmenter le temps passé à l’école, avec la semaine de quatre jours et demi.


En matière de politique familiale, le PS préfère privilégier l’aide aux plus précaires plutôt que l’universalité des prestations. « S’il avait les mains libres, le gouvernement irait plus franchement vers une politique sociale en la matière, note le même expert. Pour le PS, l’aide ciblée sur les enfants pauvres est en effet plus efficace que l’universalité des allocations. » Après avoir revalorisé l’allocation de rentrée scolaire (l’ARS, sous conditions de ressources), l’exécutif prévoit d’augmenter l’allocation de soutien familial, elle aussi destinée aux familles modestes. Dans quelques jours, le Haut Conseil de la famille dira s’il faut toucher aux allocations familiales pour trouver de nouvelles recettes, un dossier sur lequel Lionel Jospin, lui, avait dû reculer.

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