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Archiprêtré de Phalsbourg  Communauté St Jean Baptiste des Portes d'Alsace

Face aux actes "antichrétiens", l'Eglise réagit avec discernement

11 Décembre 2012 , Rédigé par cathophalsbourg.over-blog.com Publié dans #actualités

Journal La Croix du 11-12-12
Les actes de vandalisme contre des églises et des tombes suscitent une émotion grandissante chez certains catholiques.

Confrontée également à des insultes ou au détournement de symboles chrétiens, l’Église catholique cherche le meilleur moyen d’agir.

 « Nous avons affaire à une vraie profanation, mais dès lors que cela touche à la foi des catholiques, les faits sont occultés. »  Vicaire général du diocèse aux armées, Mgr Robert Poinard est « en colère ».  Le 8 décembre, dans la chapelle Saint-Vincent-de-Paul de la base navale de Toulon, le tabernacle a été renversé et cassé, les hosties répandues à terre, le baptistère détruit et l’ambon renversé. « Je ne veux pas qu’on parle de dégradation ou de vandalisme »,  s’insurge-t-il. « En visant le baptême, la Parole de Dieu et l’Eucharistie, c’est les chrétiens que l’on atteint au plus profond. »  

Durant les huit premiers mois de 2012, les services du ministère de l’intérieur ont répertorié 233 vols ou dégradations dans des églises et chapelles et 135 dans des cimetières qualifiés de « chrétiens ». Un chiffre en légère hausse (+ 5 %) par rapport à la même période de l’année précédente mais à rapporter aux 45 000 lieux de culte catholiques de l’Hexagone. Sur la Toile, de nombreux sites, souvent proches de l’extrême droite, répertorient avec minutie ce qu’ils qualifient de « profanations »,  pointant souvent un manque de réaction des pouvoirs publics et de l’Église.


Les « atteintes aux lieux de culte et de sépulture chrétiens » recensées par le ministère de l’intérieur

Un évêque, joint par La Croix,  explique qu’il dépose régulièrement des plaintes lorsque les églises de son diocèse sont cambriolées ou vandalisées mais met en garde contre la tentation de « noircir la situation à partir de quelques cas ».  Les motivations des coupables sont difficiles à identifier, appuie Mgr Hervé Giraud, évêque de Soissons, dont deux églises ont été profanées en octobre : « Bien sûr, ce que certains appellent la christianophobie existe, mais il me paraît difficile de dire qu’elle est plus forte aujourd’hui qu’autrefois. »  


À Cormery (Indre-et-Loire), où le tabernacle de l’église a été forcé et son contenu dérobé en septembre, le P. Gilles Meunier appelle à la prudence face à toute utilisation abusive du terme. « Selon toute vraisemblance, d’après les gendarmes, les coupables ont surtout voulu commettre un vol de métaux précieux. Si les motivations avaient été autres, je l’aurais dit, mais ce n’est pas le cas. »  Ce qui n’enlève rien, souligne-t-il, à la « douleur »  ressentie par nombre de paroissiens.


Ces « atteintes aux lieux de culte et de sépulture chrétiens » sont recensées par le ministère de l’intérieur, comme pour les communautés juive et musulmane .  En revanche, à la différence de la méthodologie mise en place avec ces dernières, le ministère ne comptabilise pas les autres actes « anticatholiques » ou « antichrétiens », qu’il s’agisse de violences, de « propos », de tracts ou de courrier.


L’Église n’agit en justice qu’avec parcimonie

Chez certains chrétiens, la publicité donnée à l’indicateur mensuel des actes antisémites et antimusulmans contribue à alimenter le sentiment d’une « différence de traitement ». « Il n’y a aucune action comparable à ce que l’on observe avec l’antisémitisme, par exemple »,  fait valoir la place Beauvau. « Et à vrai dire, les responsables de la communauté chrétienne ne nous ont jamais fait part de la nécessité d’un indicateur spécifique. »  Ce qui n’empêche pas le ministère de « prendre les choses au sérieux »,  et de traiter « ces affaires localement, entre les préfets et les diocèses ».  


Sur le fond comme sur la forme, la problématique se pose de manière très différente pour les catholiques. « Ils ne font pas l’objet d’actes racistes comme ce peut être le cas des communautés juive ou musulmane. Ce qui n’empêche pas que certains actes antichrétiens puissent être assez violents »,  rappelle tout d’abord un spécialiste du sujet. « Nous ne sommes pas une minorité opprimée »,  a coutume de répondre le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la Conférence des évêques à ceux qui évoquent devant lui l’idée d’une « christianophobie ».


De surcroît, soucieuse de ne pas faire office de « censeur » systématique et de ne pas verser dans la « victimisation », l’Église n’agit en justice qu’avec parcimonie. Ainsi, objet d’affiches injurieuses liées à l’organisation fin novembre de son colloque international pour la vie le qualifiant de « personne nuisible »,  Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, s’est refusé à porter plainte. « Ils n’attendent que ça ! »,  justifie-t-il.


L’association Croyances et libertés, « une arme de dissuasion »

Pour ne pas laisser le champ libre aux associations traditionalistes et donner aux magistrats un interlocuteur unique, la CEF a créé en 1996 une association, Croyances et libertés, destinée à défendre en justice « les sentiments » et les « convictions » des catholiques. À plusieurs reprises – en particulier lors du détournement de la Cène dans une publicité – l’association a porté plainte.


La semaine dernière, elle a mis en demeure l’association de lutte contre le sida Act Up de retirer de son site Internet un texte insultant rédigé à l’occasion des manifestations des 17 et 18 novembre contre le mariage pour tous, et qui se conclut par ces mots : « Nous ne tendrons ni la main ni l’autre joue : préparons les planches et les clous. »  


Parce que Croyances et libertés est souvent déboutée au nom de la liberté d’expression, les évêques ont annoncé, lors de leur Assemblée plénière à Lourdes en novembre,  leur intention de « lancer une réflexion »  sur ses modes d’action. « Elle est surtout une arme de dissuasion, qui permet aussi une action préventive au moyen de courrier, de droits de réponses, etc.,  argumente Me Thierry Massis. Peut-être doit-elle se manifester davantage dans la presse, sous forme de tribunes. Sur cette question si sensible du droit au respect des croyances, elle définit une ligne rouge. »  


ANNE-BéNéDICTE HOFFNER et LOUP BESMOND DE SENNEVILLE

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