Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Archiprêtré de Phalsbourg  Communauté St Jean Baptiste des Portes d'Alsace

L'immobilier, fragile trésor des congrégations religieuses

4 Décembre 2012 , Rédigé par cathophalsbourg.over-blog.com Publié dans #actualités

Journal La Croix du 30 novembre 2012

ADRIEN BAIL

Les congrégations religieuses possèdent un important patrimoine immobilier, qui abrite les communautés et leurs œuvres.Depuis les années 1960, leur déclin démographique en France les oblige à se séparer de certains biens, hérités de l’histoire.Une partie de ces bâtiments sert à des projets innovants d’action sociale.


Le 4 décembre, les bénédictines du monastère de Notre-Dame de Jouarre (Seine-et-Marne) entameront une nouvelle époque de leur vie monastique. Elles doivent signer le contrat par lequel elles cèdent une aile de 1 000 m2 au sein de leur monastère et une partie de leur parc, pour une durée de cinquante-cinq ans. Après un an de travaux, 26 logements de réinsertion sociale seront ouverts par le Secours catholique. Une manière de redonner vie à ce bâtiment classé du XVIIIe siècle, devenu trop grand pour ces 42 moniales, qui furent deux fois plus nombreuses au siècle dernier.


Cet exemple est emblématique. Aujourd’hui, de nombreuses congrégations religieuses se séparent de leur patrimoine immobilier. Le mouvement, commencé dans les années 1970, s’accélère depuis quinze ans. Il suit la tendance du déclin démographique entamé dans les années 1960, qui touche les 400 instituts religieux et 300 monastères présents en France.

« On ne vend pas pour vendre. On y est contraint », explique Sœur Thérèse Revault, secrétaire générale de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref). Depuis longtemps, les congrégations ont pris la mesure de l’ampleur du défi. Comment assurer le devenir de religieux de plus en plus âgés et de moins en moins nombreux ? Alors même que le financement de leurs retraites demande de plus en plus de moyens, que les charges liées au patrimoine pèsent de plus en plus lourd et que les nouvelles recrues sont sans ressources particulières. Alors même que, dans les pays en développement, ces mêmes congrégations sont florissantes, tant du point de vue de leur jeune âge que des nombreuses œuvres qu’elles mettent en place – et doivent financer.


Faire face à cette question est précisément la mission que s’est donnée Ivan Olivry, fondateur de Solidarité Patrimoine. Cette société a fait affaire avec 130 congrégations depuis 1996 et restructure 12 millions d’euros de patrimoine par an.


« Il est logique d’ajuster la taille du patrimoine, avance Ivan Olivry. Chaque année, on enregistre 2 000 décès. Depuis dix ans, les charges liées à la dépendance ont doublé pour certains instituts. » Selon l’entrepreneur, il est urgent de trouver de nouvelles ressources, grâce à une « véritable politique de valorisation immobilière » . « Dans les années 1980, on vendait à bas prix, voire à perte, sans mesurer les manques à gagner, déplore-t-il. Si l’on vend, il faut vendre au juste prix. »


Pourtant, les opérations immobilières des religieuses sont regardées avec suspicion. En témoigne l’émoi suscité, il y a quatre ans, par la vente de l’hôtel de BourbonCondé, à Paris. Les Filles du Cœur de Marie avaient cédé ce magnifique immeuble de la rue Monsieur à la famille royale du Bahreïn pour 66 millions d’euros – un record pour une acquisition par un particulier. Sans doute l’identité de l’acheteur avait-elle suffi à faire naître ces indignations.

« Les congrégations paraissent bien riches. Mais c’est l’histoire qui les a dotées de ces possessions », commente Sœur Michelle Barrot. Cette Petite Sœur de l’Assomption pointe du doigt le danger au contraire de « brader » les biens des congrégations. Du point de vue des religieux, il en va de leur responsabilité éthique envers les fidèles qui ont permis l’acquisition de ces biens et leur utilisation par leurs dons, par leurs investissements, en offrant leur temps…


Valoriser le patrimoine se heurte à des résistances. « Le patrimoine est peu liquide, regrette Ivan Olivry. Par exemple, les établissements médicaux : on ne peut pas les vendre dans le domaine privé sans les transformer. Or, les investissements sont loin d’être amortis, les coûts énormes. » De même, depuis des années, de nombreux bâtiments sont mis à la disposition des écoles à des prix inférieurs au marché, voire gratuitement. Mais pour augmenter les loyers, il faudrait que les associations qui les gèrent aient les moyens de payer.

Pour les congrégations, la priorité est d’offrir à cet immobilier un avenir cohérent avec son histoire. Certaines font le choix d’y maintenir une vie de prière, en les cédant à des communautés nouvelles. D’autres leur trouvent une utilité sociale. Dans le 15e arrondissement à Paris, cinq Filles de la Charité à la retraite partagent depuis cinq ans leur bâtiment de la rue Miollis avec l’Association des cités, qui peut ainsi accueillir jour et nuit 25 personnes sans abri.

Si, au sein du monde religieux, on a pris la mesure de la situation, celle-ci devient de plus en plus complexe. Le cas le plus problématique est sans doute celui des instituts à petits effectifs : 80 comptent moins de 30 membres. Une commission de la Corref porte secours à ces congrégations qui se retrouvent en difficulté, notamment face au démarchage des promoteurs. Il faut s’occuper de bâtiments qu’elles ont parfois délaissés. Des locaux sousexploités – même s’il existe en réalité une minorité de ces « lieux vides » dénoncés par l’hebdomadaire Le Canard enchaîné le 14 novembre et qui font l’objet de pressions régulières d’associations.


Les congrégations cherchent un repreneur qui soit capable d’assurer la pérennité de leurs œuvres dans un esprit chrétien. Ce dont se prévaut l’association belge Acis (Association chrétienne des institutions de santé), implantée en France en 1995. « Les congrégations n’avaient plus les moyens humains de gérer leurs maisons, parfois menacées de fermeture », indique Alain Brulard, son directeur. Acis est devenu propriétaire de 16 maisons de retraite créées par des religieuses, soit 1 300 lits médicalisés et 1 000 salariés. En contrepartie, les religieuses peuvent continuer à vivre sur place. Lorsqu’elles deviendront dépendantes, elles intégreront la maison comme résidentes.

Partager cet article

Repost 0