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Le majordome du pape va être entendu par le juge

5 Juin 2012 , Rédigé par La Croix Publié dans #Réflexions

Journal La Croix du 05 juin 2012

La phase d’instruction du majordome du pape, arrêté pour « vol aggravé » de la correspondance privée du pape, a commencé mardi 5 juin.


Que reproche-t-on au majordome du pape ?  

 

Paolo Gabriele, 46 ans, marié, trois enfants, a été arrêté par le commandant de la Gendarmerie vaticane, Domenico Giani, le mercredi 23 mai, à son domicile, dans l’enceinte de la Cité du Vatican. 

Chez lui auraient été trouvés de très nombreux documents confidentiels émanant de l’« Appartamento », le bureau du pape, ainsi que des listes de destinataires. Parmi eux, pourrait figurer le journaliste Gianluigi Nuzzi, auteur du livre « Les papiers secrets du Vatican ».

Le majordome est donc soupçonné du « vol aggravé » de la correspondance privée du pape. Étant citoyen de l’État du Vatican, et le délit ayant été commis sur ce territoire, P. Gabriele relève de la justice vaticane. 

Celle-ci repose, depuis les Accords du Latran entre Pie XI et Benito Mussolini, qui, en 1929, ont stabilisé l’existence juridique de l’État de la Cité du Vatican, sur une législation civile et pénale inspirée de son homologue italienne. En l’espèce, le droit canonique n’entre pas en jeu.

 

 Où en est la procédure ?  


Jusqu’à mardi, Paolo Gabriele a été détenu dans l’une des « chambres de sécurité » de la Gendarmerie du Vatican, et interrogé dans le cadre d’une enquête préliminaire, menée par Nicola Piccardi, le « promoteur de justice » (procureur), laïc comme tous les juges du Vatican. Durant cette période, assisté de ses deux avocats Carlo Fusco et Cristina Arru, il aurait accepté de collaborer pleinement avec les enquêteurs. 


Mardi, la phase « formelle » des interrogatoires a débuté, désormais conduite par le juge Pier Antonio Bonnet. Le majordome qui, de l’avis général, n’a pas agi seul, est interrogé sur l’identité et les motivations de ses commanditaires et de ses éventuels complices. À ce stade, la détention préventive, qui peut s’effectuer en résidence surveillée, peut durer 50 jours, reconductibles une fois. 


À son issue, le juge devra décider du renvoi au tribunal, dont les audiences sont publiques. La peine encourue est de un à six ans de détention. Si elle devait être exécutée, le Vatican ne disposant pas de prison, la secrétairerie d’État devrait demander à l’État italien, qui peut le refuser, de prendre en charge l’incarcération. Au cours de la procédure, le pape peut intervenir à tout moment en faveur du prévenu. En qualité de chef d’État, il dispose du droit de grâce.

Le Vatican peut également demander l’assistance des autorités italiennes pour interroger d’éventuels témoins ou complices, citoyens italiens. Selon le P. Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège, une telle demande « n’a jamais été déposée ». Cette hypothèse n’est pas pour autant exclue.


 Quelles en seront les conséquences ?  


Le professeur Paolo Papanti-Pelletier, juge au tribunal du Vatican depuis six ans, précise que la commission composé de trois cardinaux (Julian Herranz, Jozef Tomko, Salvatore De Giorgi) chargée par le pape d’enquêter sur cette affaire, « agit indépendamment de la procédure judiciaire, et en réfère directement au pape »


En fait, elle est la seule à pouvoir entendre les cardinaux éventuellement concernés par cette affaire. En effet, selon le code de procédure pénale du Vatican, les cardinaux ne sont pas soumis aux deux premiers degrés de la juridiction vaticane, mais seulement à la Cour de cassation, laquelle est composée de trois juges cardinaux. 


C’est à ce niveau que se joue le nœud de l’affaire. De source concordante, on évoque la possibilité d’une véritable « stratégie du chaos » menée par certains cardinaux, visant à déstabiliser le cardinal secrétaire d’État Tarcisio Bertone, ainsi que le secrétaire particulier du pape, Mgr Georg Gänswein. Dès les premiers jours, le P. Lombardi s’est inscrit en faux contre cette hypothèse, « absolument sans fondement ».


L’arrestation de Paolo Gabriele n’a pas coupé court à la diffusion de documents confidentiels. Lundi 3 juin, le quotidien italien de centre-gauche La Repubblica a publié une nouvelle lettre, annotée de la main de Benoît XVI, datée du 16 janvier 2012. Enfin trois autres lettres portant l’en-tête et la signature de Mgr Gänswein ont également été publiées, mais sans leur contenu et datées de février 2009, quelques semaines après la levée de l’excommunication des évêques lefebvristes par le pape, le 24 janvier de la même année. 


Le numéro deux du Vatican, le cardinal secrétaire d’État Tarcisio Bertone, a dénoncé lundi 4 juin, sur la télévision publique, les attaques « féroces, mordantes et organisées »  contre Benoît XVI.


FRÉDÉRIC MOUNIER (à Rome)

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