Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Archiprêtré de Phalsbourg  Communauté St Jean Baptiste des Portes d'Alsace

Pour les cardinaux, l'heure du choix

12 Mars 2013 , Rédigé par cathophalsbourg.over-blog.com Publié dans #actualités

Journal Lacroix du 12 mars 2013
Pour les cardinaux, l’heure du choix

Après une semaine de congrégations générales, marquées par un climat de franchise, les cardinaux entrent en conclave mardi 12 mars à 16 h 30.

 

Les thèmes évoqués, au fil des 160 interventions, mettent en évidence les différents regards portés sur les priorités du futur pape.

Voir aussi

Les choses ont débuté assez lentement. Le lundi 4 mars, chacun des 153 cardinaux (1) présents dans la salle du synode, au premier étage de la salle Paul-VI, pour les congrégations qui préparent le conclave, a d’abord dû prêter serment de confidentialité, individuellement.

Il a fallu aussi du temps pour arriver à un accord sur la date du conclave et l’interprétation de la constitution modifiée par Benoît XVI.

 

 « Avec cette renonciation, nous sommes dans un cas de figure inédit, nous devions improviser, ce que la machine vaticane n’est pas toujours disposée à faire », confie l’un des cardinaux, s’amusant de retrouver là quelque chose de l’ambiance du film de Nanni Moretti, Habemus papam. 


 

 Comment constituer le « Sénat de l’Église » ? 

 

Globalement, les cardinaux orphelins de leur pape, décontenancés, ont d’abord pris le temps de faire connaissance. Le précédent pape les ayant peu réunis, sauf pour des consistoires plus formels qu’opérationnels, il leur a fallu se prendre en main. Le cardinal Angelo Sodano, doyen du collège (2), a mené les débats d’une main plutôt lâche, devant un camerlingue ex-Secrétaire d’État, Tarcisio Bertone, assez silencieux. « Il faut dire qu’ils ont été tellement critiqués qu’ils ont fait montre d’une grande discrétion », a-t-on entendu. De ce fait, les 160 interventions se sont succédé, l’une après l’autre, selon le modèle des synodes romains, en fonction des inscriptions, sans axe thématique. D’où l’impression de « pointillisme » éprouvée par certains. Mais peu à peu, le tableau a pris forme.

 

 L’importance du « off » 

 

Les pauses café ont permis à chacun de commencer à mieux connaître les autres, et échanger plus sur le fond. Sans oublier les dîners en ville, dans les palais romains, conviés par les cardinaux de curie, servis par des religieuses discrètes, au silence assuré… Certains en ont aussi profité pour rencontrer, de façon détendue, « leurs » prêtres en mission à Rome. Une bonne façon d’entendre la base. Progressivement, le « corps » des cardinaux électeurs s’est ainsi formé.

 

 La feuille de route du prochain pape 

 

Certains sujets sont revenus régulièrement, permettant de dresser la feuille de route du prochain pape. Rien à voir, aux dires de certains, avec l’ambiance du précédent conclave de 2005. « Il s’agissait alors de maintenir le cap, de continuer ce qui avait été fait par Jean-Paul II. Cette fois, la doctrine est sûre, on a une bonne interprétation de Vatican II, une forme de cohérence doctrinale ». 

 

Les vraies questions sont désormais du côté de la gouvernance. Crise de la curie, évidemment, même si, sur ce sujet, les cardinaux « de l’extérieur » sont restés sur leur faim : peu de chose sur Vatileaks, sinon des paroles assez formelles des trois cardinaux chargés par Benoît XVI du rapport sur ces fuites massives de documents confidentiels. Peu de chose, également, sur l’IOR, la banque du Vatican, et la poursuite du grand chantier de la transparence financière ouvert par Benoît XVI. Lundi, juste avant la clôture, le cardinal Tarcisio Bertone, reconduit en tant que président du conseil de surveillance de la banque peu avant la vacance du siège, s’est enfin exprimé à ce sujet.

 « Dans l’enceinte, le ton est resté mesuré, courtois, fraternel » soulignent plusieurs sources. D’ailleurs, les prélats venant de grandes villes du monde veulent rapidement sortir de la stricte crise de la curie : il s’agit, bien au-delà, de mieux gouverner l’Église universelle, assure l’un d’eux : « Comment faire plus de place aux initiatives locales ? Pourquoi ne pas réunir une fois par an tous les présidents de conférences épiscopales des pays ? Pourquoi le pape ne profiterait-il pas de ses voyages pour organiser de vraies séances de travail avec les évêques, localement ? ». Bref, comment conjuguer unité de la foi et diversité sur le terrain ?

 

C’est l’un des enjeux majeurs du prochain pontificat. On parle beaucoup aussi, de « collégialité », si difficile à mettre en œuvre…

 

L’autre axe porte sur l’évangélisation. On ne la dit pas tant « nouvelle » qu’indispensable, quelles que soient ses modalités. Ressort le besoin de parler simplement de la foi, ou encore, comme le dit l’un d’entre eux, « de redonner du sens à des mots anciens, qui n’en ont plus », « de parler du salut à des hommes qui n’en éprouvent pas le besoin »… 

Beaucoup de cardinaux, patrons d’Églises de grandes métropoles, ont insisté sur la nécessité de porter attention aux difficultés sociales, aux situations de crise : le prochain pape est attendu aussi sur le terrain de l’engagement auprès des plus pauvres.

 

Ils ont enfin évoqué le positionnement délicat d’une Église face à une société qu’elle ne comprend plus, entre dialogue et confrontation. Comment articuler attestation de l’identité catholique et témoignage de l’amitié, de la compassion envers le monde ? Sans oublier la reconnaissance de la place des femmes, fil rouge souterrain d’un indicible malaise. Plusieurs interventions ont également manifesté, comme lors du récent synode de 2010 sur le Proche-Orient, une anxiété sur la relation avec les islams : comment dialoguer de la façon la plus féconde, tout en faisant droit à l’inquiétude profonde des chrétiens d’Orient ?

 

Tout cela transcende largement l’ancien clivage « conservateurs-progressistes ». Là n’est plus la boussole des cardinaux.

 

 Comment circulent les noms... 

 

Officiellement, il n’y a pas de candidat à la papauté… Sauf que des noms sont glissés, en marge des congrégations, lors des repas, des pauses café. À cette occasion, il s’agit moins « de faire campagne pour un candidat que contre un autre », note un cardinal. L’un se voit reprocher sa proximité avec un mouvement, un autre sa gestion d’un problème de mœurs, ou encore une fragilité de caractère…

 

On s’observe : il suffit que l’un parle longuement avec un autre pour que l’on en tire des conclusions. Mais il n’y a pas de « camps » bien définis. Les seuls à « avancer » groupés sont les cardinaux des États-Unis, qui viennent tous en minibus et renvoient l’image d’un groupe soudé.

 

Les Européens hésitent. Ceux d’Asie ou d’Afrique sont trop peu nombreux et surtout peu au fait des affaires romaines pour peser réellement. Les plus divisés semblent les 28 Italiens, sous le feu de leurs médias toujours prêts à surinterpréter l’origine géographique, un geste, une petite phrase…

 

 Il n’existe pas de pape idéal 

 

Mais l’élection ne se fera pas d’abord en fonction d’un pays, d’une origine géographique. Les cardinaux électeurs cherchent d’abord un profil. Faut-il mieux un pape gestionnaire ou un pape charismatique ? Évangéliser ou gérer ? En tous les cas, « un chef solide, capable de s’imposer » disent-ils tous. Et aussi, un homme entouré. « On n’est pas pape tout seul » murmure l’un d’eux, et de ce point de vue, la gestion trop solitaire de Benoît XVI ne semble plus possible.

Les exigences et les attentes sont telles, et parfois même contradictoires, que l’on voit mal comment les cardinaux pourront parvenir à trouver ce « pape idéal ». Sauf qu’ils sont bien conscients de la lourdeur de la tâche, et du risque de faire peser sur un nouveau pape un poids trop important. Après tout, la renonciation de Benoît XVI a aussi levé un tabou, glisse l’un d’eux : « Le pape n’est pas un surhomme ». 

 

(1) Ce nombre est supérieur à celui des participants au conclave car les cardinaux âgés de plus de 80 ans, de ce fait non-électeurs, ont la possibilité de participer aux congrégations générales.

(2) Âgé de 85 ans, l’ancien secrétaire d’Etat ne participera pas au conclave mais c’est lui qui présidera ce matin la messe « Pro eligendo Romano Pontifice » dans la basilique Saint-Pierre.

 

Frédéric Mounier et Isabelle de Gaulmyn, à Rome

Partager cet article

Repost 0