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Voyage de Benoît XVI au Mexique

23 Mars 2012 , Rédigé par La Croix Publié dans #actualités

Journal LaCroix du 23 mars 2012
Voyage de Benoît XVI au Mexique : le pape missionnaire en terre de violences

Benoît XVI arrive vendredi 23 mars à Guanajuato, dans le centre du Mexique, pour une visite de deux jours, avant de se rendre à Cuba.

 

 

Il vient à la rencontre d’un pays en guerre contre les narcotrafiquants, où la population, confrontée à une violence quotidienne, a besoin d’être encouragée et réconfortée.

Du sommet du Cerro del Cubilete, à 2 580 m, par-dessus les crêtes pelées du haut plateau mexicain qui s’étendent à perte de vue, la statue du « Cristo Rey » étend les bras dans un geste de protection. « Une protection de paix et de foi »,  selon le vœu des évêques mexicains qui décidèrent d’élever là, à 15 km à l’ouest de Guanajuato, au centre géographique du pays, dit-on, une statue du Christ en mémoire des Cristeros. 


Ces catholiques qui combattirent, entre 1926 et 1929, les mesures violemment anticléricales du gouvernement de Plutarco Elias Calles furent plus de 50 000 à mourir. « Le Cristo Rey, qui, par deux fois, a été démoli et reconstruit, est le symbole de la résistance chrétienne au Mexique »,  résume l’historien Jean Meyer, qui a consacré plusieurs ouvrages à cette tranche douloureuse de l’histoire du pays.


Le Cubilete où le Christ est adoré jour et nuit est l’autre grand sanctuaire national, à côté de la basilique de la Guadalupe, au nord de la capitale. « Tandis que Jean-Paul II avait honoré la Vierge de la Guadalupe, Benoît XVI a préféré insister sur la figure du Christ »,  remarque Mgr Christophe Pierre, nonce apostolique français au Mexique depuis 2007. 


Survol du Cubilete en hélicoptère


Après avoir survolé en hélicoptère le Cubilete, le pape célébrera la messe, ce dimanche, à quelques kilomètres en contrebas du sommet, dans le parc du Bicentenaire de la ville de Silao, où l’on se prépare à accueillir au moins 300 000 personnes.

Un chiffre qui semble modeste par rapport aux millions de fidèles qui se pressaient lors des visites de Jean-Paul II. Il faut dire que les Mexicains entretenaient une « relation d’amour »  avec le pape polonais, leur « amigo »  qui les honora de sa première visite pontificale, dès janvier 1979, et qui est ensuite revenu quatre fois les voir. 

D’ailleurs, si Guanajuato et Léon ont été choisis pour ce voyage de Benoît XVI, et non la capitale, qui aurait été l’étape normale d’une telle visite pontificale, c’est officiellement pour une question d’altitude – Mexico, à 2 300 m, est déconseillée aux personnes atteintes de troubles cardiaques –, mais c’est aussi parce que cette région n’avait jamais été visitée par Jean-Paul II. 


Une ville pavoisée aux couleurs du Vatican


Une région qui reste très fervente, avec un catholicisme qui résiste mieux qu’ailleurs à la sécularisation. Ces jours-ci, tandis qu’à Mexico on ne trouvait aucune affiche annonçant la venue de Benoît XVI, à 365 km, la ville touristique de Guanajuato, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, était toute pavoisée aux couleurs du Vatican.


En déambulant à travers les places ombragées et les rues colorées de cette ville de 150 000 habitants, il est difficile d’imaginer la souffrance d’un grand nombre de Mexicains, confrontés à une violence quotidienne. « Le Mexique, tel un corps déchiré, souffre la passion de la Semaine sainte depuis cinq ans »,  a écrit le poète catholique Javier Sicilia dans une « Lettre au pape »  publiée le 18 mars par l’hebdomadaire Processo


Il y rappelait les « 47 551 personnes assassinées »  depuis l’arrivée au pouvoir de Felipe Calderon en décembre 2006 et ses offensives militaires contre les cartels de la drogue. Cette guerre contre les narcotraficants n’a fait que démultiplier les gangs, accroître les règlements de compte et favoriser la corruption et le crime organisé. 


Pénétration du crime dans toute la société


Vols à main armée, extorsions aux commerçants, séquestrations contre rançons, massacres de migrants clandestins, fusillades en pleine rue…, quotidiennement les médias diffusent des images de corps retrouvés pendus, criblés de balles, torturés, qu’il s’agisse de journalistes, d’avocats, de policiers ou de simples passants. 


Comme Javier Sicilia, qui avait organisé une marche pour la paix à travers le Mexique après l’assassinat de son fils de 24 ans en mars 2011, ils sont nombreux à tenir les politiques pour directement responsables de cette guerre qui ne dit pas son nom, du fait de leurs rivalités et de leur incapacité à créer « le consensus dont la nation a besoin pour retrouver l’unité sans laquelle il n’y a pas d’issue » .


Pour proposer une voie de sortie, les évêques mexicains ont publié l’an dernier « Christ notre paix », un document constatant la pénétration du crime dans toute la société et rappelant que seule une conversion authentique des esprits et des cœurs pourra l’en extraire. Or l’Église peut justement « apporter une contribution de fond en éduquant aux valeurs de l’Évangile » , poursuit Mgr Pierre. 


Pour une spiritualité plus active


Une éducation que Benoît XVI ne manquera pas d’encourager au cours de ces trois jours au Mexique, notamment lors de sa rencontre samedi avec le président Calderon à Guanajuato. Lorsque celui-ci l’avait officiellement invité en mai 2011, en venant au Vatican pour la béatification de Jean-Paul II, il avait demandé au pape de « redonner espoir au peuple mexicain face au crime organisé qui a fait de nombreuses victimes innocentes » .

Bon nombre d’observateurs s’accordent toutefois à rappeler que « le pape n’est pas un magicien » . « Par sa simple présence, il ne peut pas tout changer » , sourit le P. Luis de la Barrela, engagé dans la pastorale des indigènes et dans la protection de l’environnement dans le diocèse de Papantla. 


Comme d’autres prêtres ici, il sait que le peuple mexicain doit passer d’une spiritualité « guadalupéenne » un peu passive, en quête d’une mère qui écoute et console – non sans lien avec la « Pacha Mama » des cultes indigènes –, à une spiritualité plus active, qui aide à discerner et à faire face à l’adversité.


CLAIRE LESEGRETAIN, à GUANAJUATO, MEXICO

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